Investissement sur les marchés financiers, Gestion de portefeuille personnel, ETF & Technologies, Assurance-vie

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WEEKLY #58 // semaine du 14 avril 2019
Weekly, 15/04/2019 par Mathieu Hamel

Le 14 avril 2019, passage en météo "Euphorie"

  • Le multiple Marie Quantier signale un changement de météo des marchés. Les actions américaines viennent de passer le seuil des 16 années de bénéfices. Le multiple MQ est le prix des actions exprimé en nombre d’années de bénéfices, ajusté des facteurs macro-économiques comme la croissance économique, les CDS et les taux d’intérêt. La météo des marchés passe d’« Expansion » à « Euphorie ». La suggestion « Autopilot » devient 10% en actions, 40% en obligation d’État et 50% en obligation d’entreprises. Les clients avec un portefeuille personnalisé vérifieront la consommation de leur budget de risque s’ils ne souhaitent pas suivre la suggestion « Autopilot ». Pour redonner du contexte, de décembre 2017 à octobre 2018, la météo des marchés a été en « Euphorie ». Lorsque les conditions sont en amélioration mais que les actions sont surévaluées la météo des marchés est « Euphorie ». Le poids des actions dans la suggestion « Autopilot » associée est très faible car en cas d’augmentation de l’incertitude ou des craintes sur la croissance économique, la baisse du prix peut être très rapide et très violente. Lorsque les actions sont trop chères alors aucun investisseur ne vient amortir la baisse par des achats. La consommation du budget de risque peut donc être très brutale. Pour reprendre le contexte, après la baisse des prix entre mi-septembre et fin octobre, la météo est passée en « Expansion ». La météo est en « Expansion » lorsque les conditions économiques et financières s’améliorent et que les actions sont sous-évaluées. C’est le régime dans lequel il est pertinent d’investir massivement en actions, 70%. Les baisses sont limitées. Les investisseurs qui regardent la valeur fondamentale des actions entrent dès lors que le prix baisse de trop. Et le flux de nouvelles est majoritairement positif en termes de croissance économique et de profits réalisés par les entreprises. Puis le 21 décembre, après la réalisation du risque politique aux USA, une erreur de communication de la FED et l’alerte d’Apple sur ses profits, le tout ayant entrainé une baisse violente des prix, le sentiment de marché du consensus s’est dégradé. Depuis juillet 2018, les indicateurs de croissance en Europe et en Chine étaient en dégradation. Seuls les indicateurs de croissance aux USA préservaient le diagnostic des conditions en amélioration. C’est pourquoi lorsque les indicateurs de sentiment sont passés en dégradation, la météo des marchés a indiqué « Récupération ». La météo des marchés est en « Récupération » lorsque les conditions sont en dégradation mais que les actions sont sous-valorisées. Dans ce cas, la suggestion « Autopilot » est de 30% en actions. Le 21 février, la météo des marchés a changé à nouveau. Les indicateurs de croissance aux USA sont restés bons et le risque pesant sur l’erreur de conduite de la politique monétaire par la FED sur la réduction automatique du bilan de la banque centrale a été éliminé. En parallèle, les taux d’intérêt ont baissé. Cela rend mécaniquement les actions plus attractives car le prix des obligations est haut lorsque les taux d’intérêt sont bas. De plus, les taux d’intérêt permettent aux entreprises d’emprunter moins cher. Enfin, le coût d’opportunité d’être investi en actions plutôt qu’à taux d’intérêt fixes est faible car les taux d’intérêt rapportent peu. Pour autant, la hausse du prix des actions depuis le 24 décembre fait que les actions américaines sont à la limite de leur juste valeur.

  • Si le risque de récession semble très faible, il n’en reste pas moins que la croissance économique diminue. De plus, nous avons décidé de changer la source de nos estimations de croissance économique. Chez Marie Quantier, nous ne faisons pas d’estimation. Nous réalisons des diagnostics en prenant en compte l’ensemble des données économiques pertinentes. Jusqu’à maintenant, nos modèles réalisaient le diagnostic à partir des données du FMI. Or le FMI a eu tendance à surévaluer la croissance économique en période de ralentissement. C’est pourquoi, nos modèles utilisent maintenant les estimations du FOMC, membres des différentes FED. Avec le FMI, le multiple MQ aurait ajusté les profits des entreprises avec une croissance économique de 2,3%. Avec les estimations du FOMC, c’est 2,1%. Plus la croissance économique est élevée, plus le multiple MQ est faible. En effet, le prix des actions est relativement moins cher à niveau de profit donné lorsque la croissance économique est forte. Intuitivement, il est facile de ressentir qu’il est plus facile pour les entreprises de maintenir ou d’augmenter leurs profits lorsque la croissance économique est forte. En parallèle, le profit des entreprises risque de baisser selon les analystes comme FACTSET. Le consensus estime que les profits vont baisser de 4% par rapport à l’année dernière. Ce n’est pas en soi une forte baisse. Mais cela, additionné à la diminution de l’estimation de la croissance économique, fait basculer le multiple MQ au delà de la zone de surévaluation.

  • Dans le même temps les taux d’intérêt américains à 10 ans ont fortement baissé pour s’établir à 2,5%. Les lecteurs habitués de la « weekly » se souviennent peut-être que nous avons longtemps commenté en début d’année dernière la dissonance entre les taux d’intérêt américains à 10 ans qui étaient relativement trop bas par rapport aux estimations de croissance économique implicitement intégrées dans le prix des actions. Le prix des actions avait dans un premier temps baissé pour retrouver une cohérence. Puis lorsque les signes de croissance économique ont continué de se confirmer aux USA au printemps, le prix des actions est remonté. Mais, ce coup-ci, les taux d’intérêt avaient augmentaient de concert. Les taux d’intérêt à 10 ans aux USA ont donc atteint 3,2% en octobre. Le consensus ne reste jamais éternellement incohérent entre les différentes classes d’actifs (action, obligation, etc.). La baisse des taux d’intérêt entre octobre et aujourd’hui reflète l’ajustement du consensus à une croissance économique moins forte. Les risques de cette suggestion se concentre autour de l‘évolution des taux d’intérêt. Si toute l’information disponible concernant la diminution du taux de croissance économique est déjà intégré dans les taux d’intérêt alors les taux ont peu de chance de continuer de baisser et donc le prix des obligations de monter. En revanche, si les tensions commerciales continuent de gripper les rouages de l’économie mondiale, les taux peuvent continuer de diminuer. Enfin, les taux de CDS qui synthétise le risque de défaut sur les obligations d’entreprises sont aussi très bas. Ils pourraient face à un flux de mauvaises nouvelles augmenter et le prix des obligations d’entreprise baisser. Habituellement, lorsque cela arrive, les taux d’intérêt baissent. Et cela compense la hausse des CDS. Nous regardons l’évolution de tous ces facteurs et enverront des suggestions « Active » le cas échéant.

WEEKLY #57 // semaine du 30 mars 2019
Weekly, 30/03/2019 par Mathieu Hamel

Cette semaine sur les marchés...

  • La pente des taux d’intérêt s’est inversée. Cela veut dire que les taux d’intérêt américains à 2 ans sont supérieurs aux taux d’intérêt à 10 ans. Traditionnellement, c’est un indicateur de confiance entre le présent et l’avenir. L’optimisme se traduit par de la croissance économique et donc des anticipations de l’inflation, qui se traduisent par une augmentation des taux d’intérêt de long terme. Du fait des anticipations d’inflation, qui se cumulent année après année, les taux d’intérêt de long terme sont supérieurs aux taux d’intérêt de court terme. C’est pourquoi lorsque la différence entre les taux à 10 ans et ceux à 2 ans est négative, les commentateurs des marchés financiers évoquent le risque d’une récession. Pourtant, en Juillet 2016, les taux d’intérêt américains sont tombés à 1,2% alors que les taux à 2 ans étaient à 8 points de base (0,08%). La pente des taux était donc en 2016 à 4 points de base (0,04%). Ce qui est supérieur à zéro. A l’été 2016, la pente de la courbe des taux d’intérêt était donc supérieure à celle que nous observons aujourd’hui. Pour autant, des taux d’intérêt si bas, aussi bien à 10 ans qu’à 2 ans, ont été accompagnés par une baisse de 40% en 3 mois du prix des actions chinoises et les actions américaines ont fait du surplace pendant 18 mois autour de cette période. En d’autres mots, la faiblesse des taux d’intérêt est bien plus un signal d’une économie en mauvaise santé que la pente de la courbe des taux d’intérêt. De plus, à partir de décembre 2015, la FED a commencé à augmenter ses taux d’intérêt au jour le jour. Les taux de la FED étaient à 0 depuis la fin 2008. Ils sont maintenant à 2,5%. Dans le même temps, le bilan de la FED, qui était de 700 milliards de dollar en 2008, avant le début du « Quantitative Easing », a augmenté jusqu’à 4500 milliards, sous l’effet du « Quantitative Easing », puis a été « normalisé » jusqu’à son niveau actuel à 3800 milliards de dollars. Ces mouvements massifs se sont matérialisés par des investissements de la FED dans les obligations d’État américain. Cela a modifié le comportement de la courbe des taux d’intérêt. Pour rappel, en décembre dernier, le consensus a considéré que la politique de Powell relative à la réduction du bilan était une erreur. Le prix des actions américaines a baissé violemment en décembre principalement de ce fait. Powell voulait réduire le bilan en maintenant un rythme régulier, indépendant de la conjoncture économique (« en autopilot »). Depuis, il est revenu sur sa décision. Il a donc démontré qu’il pouvait adapter ses décisions de politique monétaire aux conditions économiques et financières. C’est pourquoi, après deux ans d’augmentation des taux d’intérêt, le président la banque centrale américaine pourrait décider de baisser les taux d’intérêt de court terme. En conséquence, les taux d’intérêt de long terme pourraient redevenir supérieurs à ceux de court terme. Ce n’est pas mécanique, mais cela est possible. Le consensus commence a anticiper une baisse des taux d’intérêt. C’est pour cela que les obligations ont vu leur valeur augmenter fortement depuis le début de l’année. L’inversion de la courbe des taux d’intérêt n’est donc pas une fatalité.

  • Le prix des actions américaines, l’indice SP500 s’est établit à nouveau à 2815, son niveau de début 2018. Le multiple Marie Quantier est de 14 années de bénéfices pour les entreprises américaines, ajusté par les facteurs macroéconomiques : croissance économique et taux d’intérêt. Pour que les actions américaines redeviennent trop chères, il faudrait que le bénéfice par action baisse de 7% sur l’année 2019 ou bien que la croissance économique aux USA soit inférieure à 1,5%. Le multiple MQ a récemment montré un saut lorsque les bénéfices par action ont baissé au dernier trimestre de 2018. Si le bénéfices par action venait à baisser de 7% sur l’année, le multiple MQ montrerait un saut qui le ferait dépasser le niveau au-delà duquel il est certain que les actions sont trop chères. Pour l’instant, les analystes prévoient un maintien des bénéfices par action. Au sujet de la croissance économique, les estimations actuelles des économistes de la FED se situent entre 1,9% et 2,2%, et l’estimation la plus basse est à 1,6%. Les hypothèses actuelles du FMI sont à 2,5%. Ce sont les données du FMI que nous incorporons dans le calcul du multiple MQ. Il suffirait que le FMI révise de 1% à la baisse ses estimations de croissance économique pour que les actions deviennent trop chères. Enfin, si le prix des actions s’établit au-delà de 3000, les actions deviendraient aussi trop chères. Dans l’ensemble de ces cas, la météo des marchés pourrait changer.

  • Analyse propre à l'auteur : A partir de maintenant, de manière à mieux structurer la Weekly, nous séparons le commentaire des indicateurs de la météo des marchés, des commentaires relatifs aux aspects géopolitiques et sociaux en lien avec les marchés financiers mais dont la mesure ne peut pas se faire de manière quantitative et systématique. Enfin, le risque politique lié à l’incertitude politique a baissé en intensité, ce qui est favorable à a croissance économique et donc aux actions. Cette incertitude a diminué du fait de la publication de la première interprétation du rapport Mueller par le ministre de la justice (« Attorney General ») Barr. Les accusations de conspiration (« collusion » au sens « conspiracy ») sont maintenant écartées. Il est établi que Trump et les membres de sa campagne n’ont pas contractualisé avec l’IRA (« Internet Research Agency » - groupement de hackers russes) et le GRU (« Direction centrale du renseignement de l'état-major de l'armée russe - services secrets russes). Les institutions américaines comme le ministère de la justice (« Department of Justice ») et le FBI sortent renforcées. Barr a décidé que le président des États-Unis n’a pas illégalement entravé l’enquête du FBI (« illegally obstructed »). En revanche, les accusations de connivence (« collusion » au sens « links ») vont maintenant prendre tout leur poids. Mais, d’après nous, cela réduit aussi les incertitudes. La reprise en main du parti républicain par les modérés nous paraît maintenant possible. Ce qui induirait à nouveau une baisse de l’incertitude. Il n’était pas possible de voir le parti républicain évoluer, quelle que soit la direction, tant qu’il n’était pas avéré qu’il n’y avait pas eu de conspiration au plus haut niveau de l’État américain. De plus, la connivence avec la Russie est avérée. C’est un fait qui ne sera plus discuté. En cela aussi, l’incertitude baisse. Les anticorps démocratiques vont se mettre en branle. Il est indubitable, et les moyens sont maintenant détaillés, que la Russie est intervenue en faveur de Trump dans la campagne électorale de 2016. C’est pourquoi, il devient de plus en plus difficile pour le parti républicain de ne pas s’opposer à Trump. Pour rappeler les faits, il y a deux catégories d’acteurs ayant eu un « lien » avec la Russie dans l’entourage de Trump. D’un côté Manafort, Cohen, Stone, Trump Jr et Kushner et de l’autre Banon, la famille Mercer et Cambridge Analytica. D’un côté, Manafort a été le directeur de campagne de Trump. Cohen, son avocat personnel. Stone, que Trump fréquente depuis les années 80, a été l’un de ses conseillers de campagne. Manafort, qui a travaillé pour des ukrainiens pro-russes, a échangé des sondages de campagne avec des agents russes en échanges d’une réduction de ses dettes. Cohen a négocié la construction de la « Trump Tower » à Moscou, y compris jusqu’à a quelques mois de la fin de la campagne présidentielle de 2016. Stone a été mis en examen (« indicted ») pour avoir coordonné avec Wikileaks la diffusion des emails volés d’Hillary Clinton. L’actuel directeur de la CIA, Mike Pompeo, a accusé Wikileaks d’être lié à la Russie. Trump Jr et Kushner ont menti au sujet du motif de leur rencontre, dans la Trump Tower de New York, avec Manafort et Natalia Veselnistkaya. De l’autre, la famille Mercer a financé le site Breitbart, l’entreprise Cambridge Analytica et a contribué à la campagne Trump via un « super pac » appelé « Make America Number One » pour un montant de 15 millions de dollar. Cambridge Analytica est l’entreprise à l’origine du vol à Facebook des données personnelles de 87 millions de personnes via l’application « ThisIsYourDigitalLife » créée par Aleksandr Kogan. Aleksandr Kogan a travaillé avec l’université de St Petersbourg et Christopher Wylie, un ancien employé de Cambridge Analytica, affirme que des échanges ont eu lieu entre Cambridge Analytica et Lukoil. Banon, qui a dirigé Breitbart, a été le conseiller politique de Trump à la Maison Blanche. Les liens entre la campagne de Trump et la Russie sont maintenant étudiés par le comité judiciaire au congrès, dirigé par Nadler. Le commité a d’ores et déjà élargi la définition de la « collusion » à liens, « links ». Contrairement à l’enquête menée par Mueller, le congrès ne va pas se restreindre à la définition de « collusion » comme étant uniquement à une « conspiracy ». Nous le comprenons, quelle que soit notre opinion sur D. Trump, cet état de fait n’est pas facile à porter pour le parti républicain. Il est important de noter qu’alors que la personnalité de Trump est controversée, l’adhésion populaire à son message politique s’explique par des facteurs simples. Le soutien indéfectible à Trump s’explique par le rejet des attaques que les idées des démocrates représentent sur le style de vie traditionnel des américains: principalement, la lutte contre le changement climatique qui remet en question l’alimentation (d’où la gabegie d’« hamburgers » orchestrée par Trump à la maison Blanche), et les modes de locomotion (« pick-ups » et les mises en scène avec des camions par Trump) et promotion des minorités ethniques et sexuelles qui demandent un comportement expiatoire notamment de la part des hommes blancs et âgés. La majorité des candidats démocrates à la présidence 2020 proposent, par exemple, d’offrir une compensation financière aux afro-américains pour les crimes liés à l’esclavage. C’est pourquoi, maintenant que ces sujets, tabous dans la société américaines, ont été portés sur la place publique par Trump, ce qu’aucune autre figure politique n’avait fait jusqu’alors, il est possible pour un autre candidat républicain de reprendre la main. Un candidat plus proche de l’idéal moral WASP républicain («White Anglo Saxon Protestant»). Cela réduirait à nouveau le risque politique.

WEEKLY #56 // semaine du 17 février 2019
Weekly, 17/02/2019 par Mathieu Hamel

Cette semaine sur les marchés...

  • La saison des résultats des entreprises américaines s’est terminée. Le bénéfice par action pour les grosses entreprises américaines du SP500 a continué d’augmenter significativement. Dans le même temps, les taux d’intérêt sont restés relativement bas. par rapport à 2018. Baisse du prix des actions, augmentation du niveau de bénéfice par action, baisse des taux d’intérêt, tous les facteurs principaux sont allés dans le sens de la baisse du MQ Multiple. Les actions aussi bien américaines qu’européennes sont de ce fait devenues attractives. En 2018, le président de la banque centrale américaine a réussi à piloter l’augmentation des taux d’intérêt tout en gardant la confiance du consensus. Mais en décembre, le consensus a considéré qu’il faisait une erreur de gestion en cherchant à réduire le bilan de la FED avec un rythme qui ne prend pas en considération l’évolution de l’économie. Lorsque tout va bien, les banques centrales contrôlent l’évolution des paramètres de l’économie dont elles ont la responsabilité (inflation et le taux de la croissance pour la FED) par le truchement des taux d’intérêt de court terme. Ces taux d'intérêt encadrent le financement et le placement des liquidités des banques commerciales, qui créent et/ou détruisent de la monnaie ensuite par le jeu du crédit. En décembre, le consensus était déjà inquiet par la remise en question des échanges commerciaux internationaux et par l’attitude imprévisible et allant parfois à l’encontre des intérêts économiques américains du président américain. La baisse du prix des actions a été tellement violente que Powell, le président de la FED, non seulement est revenu sur son plan d’exécution de la sortie du « Quantitative Easing », la réduction du bilan de la FED dont nous venons de parler, mais n’a pas signalé de poursuite de la hausse des taux d’intérêt pour les mois à venir.

  • La question de la dynamique des bénéfices reste posée. Alors que l’économie avait commencé à se détériorer en fin d’année 2018, elle vient de recommencer à s’améliorer. De manière très légère, juste au dessus de notre limite, mais en amélioration quoiqu’il en soit. Il est à noter un phénomène très atypique: le découplage de l’économie mondiale. Souvenez-vous en 2008, DSK, alors à la tête du FMI, parlait pour la première fois de découplage. Les économies occidentales entraient en récession alors que les économies émergées poursuivaient leur croissance économique. On parlait des BRIC. Il s’est avéré que la Chine est ensuite entrée en phase de contraction. Sans parler du Brésil et de la Russie. Le découplage actuel est inédit, croissance extrêmement forte aux USA et entrée en récession de l’Allemagne et de la Chine selon certains indicateurs. Le consensus fluctue actuellement au gré des annonces sur l’avancée des négociations commerciales entre la Chine et les USA. Lorsque les annonces sont en faveur d’un accord proche alors le consensus achète des actions, en anticipant un retour à la normal et donc de la croissance en Chine et en Allemagne. Lorsque les discussions sont stoppées, le consensus vend les actions en anticipant que l’économie américaine ne restera pas « découplée » ad vitam eternam. Il y a ici deux questions de prospectives économiques. C'est un exercice différent de celui du diagnostic de l’économie que nous faisons. La première concerne le découplage de l’économie américaine. Les tenants de cette thèse comme Alan Tonelson affirme que l’intégration nord Américaine a été perturbée, ralentie et modifiée par la politique de subventions de la Chine, déloyale selon plusieurs critères vis à vis de l’esprit de l’OMC. Dans cette vision, il existerait une source de croissance économique venant d’une meilleure organisation de la chaine de valeur de la production industrielle entre le Mexique et les USA, au détriment de la Chine … et donc de l’Allemagne, dont les exportations de machines/outils dépendent de l'industrie chinoise. L’autre question de prospective économique concerne l’aboutissement ou non des négociations commerciales entre la Chine et les USA. La question du découplage se pose de manière prégnante uniquement en cas d’échec des discussions. Dans les deux cas, nous ne pouvons vous apporter une réponse experte. La prospective relève de la croyance. C’est pourquoi, si vous croyez que l’économie des USA peut rester découplée et que les négociations commerciales entre la Chine et les USA vont aboutir, alors vous pouvez appliquer la recommandation traditionnelle de la météo « expansion », c’est à dire jusqu’à 70% d’action avec un budget de risque dynamique. Si vous croyez que les USA ne resterons pas découplés et que les négociations n’aboutiront pas, alors nous vous suggérons de ne pas investir plus de 30% de votre portefeuille en actions. Dans ce cas, il faut impacter négativement le diagnostic des conditions économiques et financières. Un indicateur « géopolitique » en quelque sorte. Le diagnostic est négativement impacté. Et comme il est déjà à la limite de l'amélioration, l’allocation dans ce cas serait celle suggérée lorsque la météo des marchés est « Récupération ».

  • Analyse propre à l'auteur : A partir de maintenant, de manière à mieux structurer la Weekly, nous séparons le commentaire des indicateurs de la météo des marchés, des commentaires relatifs aux aspects géopolitiques et sociaux en lien avec les marchés financiers mais dont la mesure ne peut pas se faire de manière quantitative et systématique. Thomas Gomart, dans un ouvrage s’appelant « L’affolement du monde » propose une synthèse qui a attiré fortement notre attention. A lire. Tout d’abord, le monde est actuellement en guerre cyber. Et comme vous le savez, l’économie est la science des échanges productifs en période de … paix. Est-ce qu’une guerre cyber remet en question l’état de paix ? Les services de renseignement européens ont rappelé cette semaine à la conférence de Munich sur la sécurité l'importance de cette guerre cyber. Nous avons la Chine qui cherche à surveiller le monde via les infrastructure produite par Huawei et de l’autre nous avons la Russie qui intervient massivement dans les processus électoraux des démocraties occidentales. Sans même savoir si le président américain travaille pour une puissance étrangère, il est maintenant avéré et reconnu, y compris par le sénat américain à majorité républicaine, que trois proches du président ont favorisé les intérêts de la Russie. La question en suspens consiste à savoir si cela en constitue pour autant une collusion ou pas. Thomas Gomart, spécialiste de la Russie, nous éclaire une nouvelle fois sur ce point. Tout d’abord la Russie est un état autoritaire mais pas totalitaire. Et le but de la Russie n’est pas de contrôler le résultat des urnes mais de discréditer le processus démocratique occidentale. En cela, il est indéniable qu’entre les discussions autour d’un report du Brexit, les enquêtes autour de Trump et jusqu’à chez nous les appels à remettre en question la légitimité du président Macron, l’objectif de politique étrangère de la Russie a été atteint. Du côté de la Chine, l’absence de tentation totalitaire est moins évidente. La numérisation du contrôle initiée par Xi Jinping peut légitimement inquiéter. C’est pourquoi l’arrestation des dirigeants de Huawei a été soutenue par l’ensemble des démocraties occidentales. On peut à ce stade se demander si la guerre cyber a des conséquences économiques telles que nos diagnostics perdraient en pertinence. Les conséquences économiques aux USA pour l’instant se limite à l’explosion incontrôlée de la dette, la mauvaise allocation des fonds publics et une destruction du « goodwill » autour des marques made in America. La chute des ventes d’Apple en Asie au dernier trimestre pourrait en être le premier symptôme. Au Royaume-Unis, le coût d’un Brexit sans accord semble pouvoir se chiffrer en pourcents voir en dizaine de pourcents de points de PIB. Pour les gilets jaunes en France le coût semblerait se monter en quelques dixièmes de pourcent de point de croissance. En dehors, du Brexit au Royaume Unis, la guerre cyber ne semble donc pas avoir le même impact qu’une destruction similaire à des bombardements. Afin de conclure, nous croyons que l’esprit des lumières, à l’origine des démocraties occidentales est un feu qui ne peut s’éteindre. Nous croyons qu’au contraire, les démocraties occidentales vont apprendre à vivre avec les réseaux sociaux. L’explosion des inscriptions aux New York Time ou au Washington Post en est une première illustration. Par exemple, les 1% des français les plus pauvres correspondent à la classe moyenne mondiale. 80% des inégalités dans le monde dépendent de la géographie. Thomas Gomart parle aussi de myopie européenne (ou de naïveté). L’Europe ne perçoit pas encore les défis de puissance en cours. Cela change avec les tous derniers discours d'Angela Merkel, discours de fin d'année et discours à la conférence de Munich sur la sécurité. Ils pourraient pourtant transformer nos territoires en zones pauvres du monde. Il évoque par exemple le risque, en cas d’implosion de l’Europe, de voir les pays européens devenir des acteurs, non pas de second rang, mais de troisième rang.