Investissement sur les marchés financiers, Gestion de portefeuille personnel, ETF & Technologies, Assurance-vie

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WEEKLY #56 // semaine du 17 février 2019
Weekly, 17/02/2019 par Mathieu Hamel

Cette semaine sur les marchés...

  • La saison des résultats des entreprises américaines s’est terminée. Le bénéfice par action pour les grosses entreprises américaines du SP500 a continué d’augmenter significativement. Dans le même temps, les taux d’intérêt sont restés relativement bas. par rapport à 2018. Baisse du prix des actions, augmentation du niveau de bénéfice par action, baisse des taux d’intérêt, tous les facteurs principaux sont allés dans le sens de la baisse du MQ Multiple. Les actions aussi bien américaines qu’européennes sont de ce fait devenues attractives. En 2018, le président de la banque centrale américaine a réussi à piloter l’augmentation des taux d’intérêt tout en gardant la confiance du consensus. Mais en décembre, le consensus a considéré qu’il faisait une erreur de gestion en cherchant à réduire le bilan de la FED avec un rythme qui ne prend pas en considération l’évolution de l’économie. Lorsque tout va bien, les banques centrales contrôlent l’évolution des paramètres de l’économie dont elles ont la responsabilité (inflation et le taux de la croissance pour la FED) par le truchement des taux d’intérêt de court terme. Ces taux d'intérêt encadrent le financement et le placement des liquidités des banques commerciales, qui créent et/ou détruisent de la monnaie ensuite par le jeu du crédit. En décembre, le consensus était déjà inquiet par la remise en question des échanges commerciaux internationaux et par l’attitude imprévisible et allant parfois à l’encontre des intérêts économiques américains du président américain. La baisse du prix des actions a été tellement violente que Powell, le président de la FED, non seulement est revenu sur son plan d’exécution de la sortie du « Quantitative Easing », la réduction du bilan de la FED dont nous venons de parler, mais n’a pas signalé de poursuite de la hausse des taux d’intérêt pour les mois à venir.

  • La question de la dynamique des bénéfices reste posée. Alors que l’économie avait commencé à se détériorer en fin d’année 2018, elle vient de recommencer à s’améliorer. De manière très légère, juste au dessus de notre limite, mais en amélioration quoiqu’il en soit. Il est à noter un phénomène très atypique: le découplage de l’économie mondiale. Souvenez-vous en 2008, DSK, alors à la tête du FMI, parlait pour la première fois de découplage. Les économies occidentales entraient en récession alors que les économies émergées poursuivaient leur croissance économique. On parlait des BRIC. Il s’est avéré que la Chine est ensuite entrée en phase de contraction. Sans parler du Brésil et de la Russie. Le découplage actuel est inédit, croissance extrêmement forte aux USA et entrée en récession de l’Allemagne et de la Chine selon certains indicateurs. Le consensus fluctue actuellement au gré des annonces sur l’avancée des négociations commerciales entre la Chine et les USA. Lorsque les annonces sont en faveur d’un accord proche alors le consensus achète des actions, en anticipant un retour à la normal et donc de la croissance en Chine et en Allemagne. Lorsque les discussions sont stoppées, le consensus vend les actions en anticipant que l’économie américaine ne restera pas « découplée » ad vitam eternam. Il y a ici deux questions de prospectives économiques. C'est un exercice différent de celui du diagnostic de l’économie que nous faisons. La première concerne le découplage de l’économie américaine. Les tenants de cette thèse comme Alan Tonelson affirme que l’intégration nord Américaine a été perturbée, ralentie et modifiée par la politique de subventions de la Chine, déloyale selon plusieurs critères vis à vis de l’esprit de l’OMC. Dans cette vision, il existerait une source de croissance économique venant d’une meilleure organisation de la chaine de valeur de la production industrielle entre le Mexique et les USA, au détriment de la Chine … et donc de l’Allemagne, dont les exportations de machines/outils dépendent de l'industrie chinoise. L’autre question de prospective économique concerne l’aboutissement ou non des négociations commerciales entre la Chine et les USA. La question du découplage se pose de manière prégnante uniquement en cas d’échec des discussions. Dans les deux cas, nous ne pouvons vous apporter une réponse experte. La prospective relève de la croyance. C’est pourquoi, si vous croyez que l’économie des USA peut rester découplée et que les négociations commerciales entre la Chine et les USA vont aboutir, alors vous pouvez appliquer la recommandation traditionnelle de la météo « expansion », c’est à dire jusqu’à 70% d’action avec un budget de risque dynamique. Si vous croyez que les USA ne resterons pas découplés et que les négociations n’aboutiront pas, alors nous vous suggérons de ne pas investir plus de 30% de votre portefeuille en actions. Dans ce cas, il faut impacter négativement le diagnostic des conditions économiques et financières. Un indicateur « géopolitique » en quelque sorte. Le diagnostic est négativement impacté. Et comme il est déjà à la limite de l'amélioration, l’allocation dans ce cas serait celle suggérée lorsque la météo des marchés est « Récupération ».

  • Analyse propre à l'auteur : A partir de maintenant, de manière à mieux structurer la Weekly, nous séparons le commentaire des indicateurs de la météo des marchés, des commentaires relatifs aux aspects géopolitiques et sociaux en lien avec les marchés financiers mais dont la mesure ne peut pas se faire de manière quantitative et systématique. Thomas Gomart, dans un ouvrage s’appelant « L’affolement du monde » propose une synthèse qui a attiré fortement notre attention. A lire. Tout d’abord, le monde est actuellement en guerre cyber. Et comme vous le savez, l’économie est la science des échanges productifs en période de … paix. Est-ce qu’une guerre cyber remet en question l’état de paix ? Les services de renseignement européens ont rappelé cette semaine à la conférence de Munich sur la sécurité l'importance de cette guerre cyber. Nous avons la Chine qui cherche à surveiller le monde via les infrastructure produite par Huawei et de l’autre nous avons la Russie qui intervient massivement dans les processus électoraux des démocraties occidentales. Sans même savoir si le président américain travaille pour une puissance étrangère, il est maintenant avéré et reconnu, y compris par le sénat américain à majorité républicaine, que trois proches du président ont favorisé les intérêts de la Russie. La question en suspens consiste à savoir si cela en constitue pour autant une collusion ou pas. Thomas Gomart, spécialiste de la Russie, nous éclaire une nouvelle fois sur ce point. Tout d’abord la Russie est un état autoritaire mais pas totalitaire. Et le but de la Russie n’est pas de contrôler le résultat des urnes mais de discréditer le processus démocratique occidentale. En cela, il est indéniable qu’entre les discussions autour d’un report du Brexit, les enquêtes autour de Trump et jusqu’à chez nous les appels à remettre en question la légitimité du président Macron, l’objectif de politique étrangère de la Russie a été atteint. Du côté de la Chine, l’absence de tentation totalitaire est moins évidente. La numérisation du contrôle initiée par Xi Jinping peut légitimement inquiéter. C’est pourquoi l’arrestation des dirigeants de Huawei a été soutenue par l’ensemble des démocraties occidentales. On peut à ce stade se demander si la guerre cyber a des conséquences économiques telles que nos diagnostics perdraient en pertinence. Les conséquences économiques aux USA pour l’instant se limite à l’explosion incontrôlée de la dette, la mauvaise allocation des fonds publics et une destruction du « goodwill » autour des marques made in America. La chute des ventes d’Apple en Asie au dernier trimestre pourrait en être le premier symptôme. Au Royaume-Unis, le coût d’un Brexit sans accord semble pouvoir se chiffrer en pourcents voir en dizaine de pourcents de points de PIB. Pour les gilets jaunes en France le coût semblerait se monter en quelques dixièmes de pourcent de point de croissance. En dehors, du Brexit au Royaume Unis, la guerre cyber ne semble donc pas avoir le même impact qu’une destruction similaire à des bombardements. Afin de conclure, nous croyons que l’esprit des lumières, à l’origine des démocraties occidentales est un feu qui ne peut s’éteindre. Nous croyons qu’au contraire, les démocraties occidentales vont apprendre à vivre avec les réseaux sociaux. L’explosion des inscriptions aux New York Time ou au Washington Post en est une première illustration. Par exemple, les 1% des français les plus pauvres correspondent à la classe moyenne mondiale. 80% des inégalités dans le monde dépendent de la géographie. Thomas Gomart parle aussi de myopie européenne (ou de naïveté). L’Europe ne perçoit pas encore les défis de puissance en cours. Cela change avec les tous derniers discours d'Angela Merkel, discours de fin d'année et discours à la conférence de Munich sur la sécurité. Ils pourraient pourtant transformer nos territoires en zones pauvres du monde. Il évoque par exemple le risque, en cas d’implosion de l’Europe, de voir les pays européens devenir des acteurs, non pas de second rang, mais de troisième rang.

WEEKLY #55 // #CroissanceMondiale #Inflation #MétéodesMarchés - semaine du 13 janvier 2019
Weekly, 14/01/2019 par Mathieu Hamel

Cette semaine sur les marchés...

  • Les actions américaines ont augmenté de 10% en euros depuis le 24 décembre et les actions européennes de 4% depuis leur plus bas de décembre. Le rebond a été vif et le MQ multiple, qui exprime le prix des actions en fonction des bénéfices par action ajusté par le niveau de la croissance économique et des taux d’intérêt, est passé de 10 années à près de 15 actuellement. Au delà de 16 années de bénéfices, il est certain que les actions ne sont plus sous-évaluées. Pour autant, les conditions économiques et financières continuent de se détériorer. La situation est cependant un peu moins négative qu’au pire de décembre. C’est pourquoi aucune suggestion « Aupilot » n’a été envoyée malgré le rebond des actions. Les dernières données sur les exportations chinoises et sur la production industrielle européenne sont d’ailleurs très mauvaises, ce qui est un signe tangible de ralentissement de l’économie mondiale. La croissance économique a une relation directe sur le bénéfice par action des entreprises. Lorsque la croissance économique baisse, il devient plus compliqué pour les entreprises d’augmenter leurs bénéfices. Goldman Sachs vient de proposer leurs dernières estimations. Les bénéfices par action seraient toujours en croissance en 2019 de 3%, une augmentation moins forte, mais toujours positive. Au vu du niveau actuel du MQ multiple, si les bénéfices par action baissaient, alors, mécaniquement les actions deviendraient surévaluées.

  • Le prix des actions fluctue en fonction du niveau des bénéfices par action et de celui des taux d’intérêt. En investissant dans les obligations des états solides et puissants comme les États-Unis, l’Allemagne ou la France, le versement des intérêts est quasiment assuré. C’est pourquoi l’intérêt de l’investissent dans les actions dépend de manière importante du niveau des taux d’intérêt. Plus les taux d’intérêt sont élevés, plus l’espérance de gain que peuvent procurer les actions doit être grande pour compenser le risque. De surcroît, plus les taux d’intérêt sont élevés, plus le coût de la dette des entreprises est élevé. Il est donc plus difficile pour les entreprises d’augmenter leur bénéfice. Pour ces raisons, chaque prise de parole du gouverneur de la banque centrale américaine, la FED, et aussi dans une moindre mesure de la BCE, a un impact majeur sur les marchés financiers. Aussi bien actions qu’obligations. En décembre, le discours de Powell, le directeur de la FED, a accentué la baisse des actions. Son discours a porté aussi sur la réduction de la taille du bilan de la FED. Le bilan de la FED est l’instrument qui permet de réaliser le « Quantitative Easing ». La banque centrale peut avoir un impact sur l'activité économique de deux façons différentes. Soit en faisant évoluer les taux d’intérêt de court terme qui déterminent les prêts et emprunts entre les banques commerciales et la banque centrale, soit en intervenant directement sur le marché des obligations avec des achats - ventes en son nom. En 2018, la banque centrale américaine a augmenté ses taux d’intérêt et a diminué le montant des obligations qu’elle détient en direct. Lorsque Powell a affirmé que la diminution de ce montant resterait en « autopilot », baissant de 50 milliards par mois, quelque soit l’évolution des conditions économiques et financières, le consensus a considéré qu'il faisait une erreur de pilotage et les actions ont été vendu massivement. Le consensus a considéré que cette politique allait condamner la croissance économique. Powell a ensuite modifié la posture de la FED en affirmant qu’il serait flexible en fonction de l’évolution de l’économie. C’est l’une des raisons principales de la remontée du prix des actions depuis Noël. C’est dans ce contexte que le dernier chiffre de l’inflation prenait son importance. Le consensus est actuellement très sensible aux prochains mouvements de la FED, aussi bien au sujet du rythme de la réduction de son bilan qu'au sujet du niveau des taux d’intérêt. Si l’inflation augmente trop rapidement alors la FED n’a d’autre choix que d’augmenter ses taux d'intérêt. Pourtant, dans le contexte récent de fragilisation des conditions économiques et financières, la FED préfèrera ne pas augmenter ses taux d’intérêt si cela n’est pas absolument nécessaire. Les derniers chiffres d’inflation sont à l’identique de ceux du mois dernier, signalant plutôt un arrêt de l’augmentation progressive de taux d'intérêt par la FED. Les taux d’intérêt à 10 ans aux USA sont maintenant à 2,70%, en baisse par rapport au niveau de décembre à 3,20%.

  • Nous nous retrouvons donc dans une situation où les actions sont à la limite de la surévaluation et où les conditions économiques et financières sont à la frontière entre l’amélioration et la détérioration. Cela veut dire que la météo des marchés peut évoluer aussi bien vers « Expansion », ce qui suggérerait d’investir 70% des portefeuilles en action et « Panique », 0% en action. L’incertitude est donc à son paroxysme. Cela est de plus accentué par le Brexit dont on ne sait s’il aura lieu ou pas et, le cas échéant, dans quelles conditions. Mais aussi par les dernières déclarations de ce week-end par le Washington Post et le New York Times sur la trahison potentielle de Trump au profit de la Russie. Enfin, sur l’avenir des réformes en France face aux tensions dont la remise en question pourrait contraindre l’Allemagne à revoir la direction de l’intégration européenne. Sans parler de l’évolution de la guerre économique entre la Chine et les USA. Il faudra donc être particulièrement attentif au contexte politique et géopolitique en plus des facteurs quantitatifs de la météo des marchés lors des prochaines semaines.

WEEKLY #54 (lecture longue) // krach de décembre, récession et Russie
Weekly, 01/01/2019 par Mathieu Hamel

Faut-il se tenir prêts pour un nouveau changement de météo et à réinvestir majoritairement en actions ou bien la dégradation des conditions économiques et financière est-elle durable ? Réponse : Nous vous invitons à vous préparer pour réinvestir prochainement en actions.

    Les actions en Europe ont baissé de 15% depuis mi-juillet et les actions américaines de 15% depuis mi-septembre. Les facteurs sociaux et psychologiques, à l’origine de nombreux phénomènes économiques, ne sont pas mécaniques. C’est pourquoi la météo des marchés repose sur un diagnostic des conditions économiques et financières et non pas des prévisions datées. Lorsque les actions ne sont pas surévaluées et que les conditions économiques et financières s’améliorent, la prise de décision est facile. Le prix des actions a de forte chance d’augmenter. Lorsque l’économie est toujours bonne mais que les conditions ont arrêté de s’améliorer, la prise de décision est plus délicate. Si les conditions se dégradent jusqu’à entrainer une récession alors le prix des actions peut chuter de plusieurs dizaines de pourcents. La récession entraine la baisse du bénéfice par action ce qui rend les actions surévaluées. C’est pourquoi lorsque les conditions économiques et financières se dégradent, la météo des marchés change et passe soit en « Récupération » comme actuellement soit en « Panique » lorsque les actions sont surévaluées. Mais si les conditions ne se dégradent pas suffisamment pour entrainer une récession alors le bénéfice par action ne diminue pas nécessairement. Dans ce cas, lorsque les conditions s’améliorent à nouveau, le prix des actions augmente très rapidement. Il y a donc deux possibilités. La première est une dégradation passagère des conditions provoquée par les interventions du président des Etats-Unis. La deuxième est une dégradation durable liée à la nouvelle politique économique des Etats-Unis et l’épuisement des ressorts de croissance liée à l’investissement par endettement des entreprises américaines.

  • Le pôle croissance et l’inflation, l’un des cinq pôles du diagnostic des conditions économiques et financières, est passé en négatif en juillet alors que le diagnostic globale est resté positif jusqu’en décembre. Les interfaces pour suivre cela facilement sont accessibles sur Marie Quantier. De décembre 2017 à fin octobre 2018, le prix des actions était surévalué et la météo des marchés était « Euphorie ». La suggestion « Autopilot » recommandait donc de n’investir que 10% de son portefeuille en actions. Pendant une partie de l’année, le consensus n’était pas cohérent entre le marché des actions et celui des taux d’intérêt. Lors des réflexions sur l’impact de la réforme de fiscale de l’administration Trump, les hypothèses de croissance économique élevées, qui justifiaient auprès du consensus les valorisations élevées des actions, n’étaient pas cohérentes avec le niveau des taux d’intérêt relativement bas. Si la croissance économique est forte alors le bénéfice par action augmente mais l’inflation aussi. Donc les taux d’intérêt n’ont pas de raison de rester faibles. Cela a changé au cours de l’année. Le taux d’intérêt américain à 10 ans a atteint 3,2% en septembre après avoir commencé l’année autour de 2,4%. Ce n’est donc qu’à la fin octobre, après une baisse de 9% du prix des actions américaines, que la météo des marchés a indiqué un retour du régime « Expansion ». Fin octobre, les conditions économique et financières étaient toujours en amélioration et les actions, après une année de hausse du bénéfice par action, n’étaient plus surévaluées. La suggestion « Autopilot » suggérait alors d’investir jusqu’à 70% de son portefeuille en actions. A deux reprises, le prix des actions a augmenté de près de 5%. Une première fois, après les élections de mi-mandat aux USA, puis une seconde fois après l’annonce des progrès dans la réduction de l’intensité de la guerre économique entre les USA et la Chine. Les conditions économiques et financières sont en revanche passées en détérioration extrêmement rapidement en décembre. Les taux d’intérêt américain à 10 ans sont descendus à 2,7%. Cette détérioration soudaine malgré la bonne santé de l’économie américaine s’explique par deux phénomènes. D’un côté, les conséquences de la guerre économique sur la Chine et, par ricochet, sur l’Allemagne. De l’autre, le risque politique qui s’est matérialisé. Pour autant, les indicateurs de croissance économique et d’inflation montrent toujours que l’économie américaine est en amélioration. En revanche, la Chine et l’Europe sont en détérioration marquée. L’économie mondiale est inhabituellement polarisée. La Chine a d’ailleurs publié un dernier chiffre de PMI en-dessous de 50. Cela indique une contraction de l’activité industrielle. Et c’est la première fois depuis 2016 et la grave crise de confiance qu’a connu la Chine à la suite du krach de l’été 2015. La guerre économique menée par les USA impacte donc maintenant à plein l’économie chinoise. Les actions chinoises ont perdu 30% depuis fin janvier et de 50% depuis aout 2015. Une contraction durable de l’économie chinoise pourrait avoir un impact sur le reste du monde et peut-être même sur l’économie américaine. Le discours de fin d’année de Xi Jinping a déçu en n’énonçant que des banalités. Son discours n’est pas comparable avec celui de début 2016 qui avait annoncé les accords de Shanghai. Soit Xi Jinping, qui s’est autoproclamé dirigeant à vie de la Chine, n’est pas au niveau des enjeux de la mutation économique que doit effectuer la Chine maintenant qu’elle a atteint la frontière technologique, soit Xi Jinping a cherché à éviter de perturber les discussions en cours avec les Etats-Unis au sujet de la guerre commerciale. Les enjeux et les conséquences de la guerre économique entre la Chine et les USA ont été parfaitement articulés par le vice Président Mike Pence lors de son intervention au Hudson Institute. En résumé, la Chine devra ouvrir le capital de ses entreprises et protéger la propriété intellectuelle des américains pour pouvoir accéder librement au marché américain.

  • Le consensus évoque de manière régulière un risque de récession lié au ratio historiquement élevé entre le montant de la dette des entreprises américaines et le PIB. Il n’a jamais été supérieur et un tel niveau, 45%, et ce niveau a été suivi par une récession en 2002 et en 2008. Pour autant, il suffirait que la croissance économique se poursuive et que la dette n’augmente plus pour que le ratio baisse. Le niveau n’est donc pas en soit le catalyseur d’une récession. C’est pourquoi nous regardons aussi l’estimation de la soutenabilité de la dette exprimée par le coût de l’assurance contre le risque d’impayés, les CDS. Il y a deux manières d’évaluer la tension sur le marché du crédit. Lorsqu’une crise liée au crédit se déclare, alors les entreprises les plus fragiles, « High Yield », présente un risque d’impayé et de faillite qui explose. Cet état de fait se manifeste par une différence, le « spread », entre les CDS des entreprises fragiles, le « high yield », et les CDS des entreprises en bonne santé, « Investment Grade » qui explose. Cette différence, ce « spread », est actuellement à 3,6%. Il était à 4,5% lors de la dégradation de 2016, à 6% pendant la crise des dettes souveraines européennes de 2011 et à 11% au plus fort de la crise de 2008. En revanche, elle n’était qu’à 2,5% mi septembre. Le risque n’a pas explosé. En 2016, le risque était aussi lié à la forte baisse du prix du baril de pétrole, dont dépend directement la santé des entreprises d’exploitation de pétrole par « fracking », entreprises qui sont très nombreuses à avoir levé de la dette « high yield ». La deuxième manière d’évaluer la tension autour du marché du crédit se fait directement en observant le niveau du coût de la protection contre le risque d’impayé des entreprises en bonne santé, les « CDS Investment Grade ». Il est à 0,8% actuellement. Il était à 2,5% en 2008, à 1,5% en 2011 et à 1,2% en février 2016. Le risque n’est donc toujours pas manifeste. Du côté du marché de la protection contre la baisse des actions, le VIX, qui exprime le coût de la protection contre la baisse des actions, s’établit à 25. Le VIX exprime la volatilité qui est implicitement prise en compte dans le prix des options, « call » et « put » de moins de 3 mois, sur le SP500. Lorsque le VIX dépasse 24, alors les actions se comportent comme un ressort que l’on mettrait en tension. C’est ce que le consensus appelle le « clustering », c’est à dire des mouvements marqués, de hausse et de baisse qui suivent les moments de chocs émotionnels sur le marché. Pendant décembre, le VIX est monté jusqu’à 36. C’est très important. Historiquement, le VIX a dépassé 40 lorsque la croissance économique de l’un des trois pôles, USA, Europe ou Chine, a été sérieusement remise en question pour une période indéterminée. En 2011, le VIX atteint 48. En Aout 2015, lorsque les inquiétudes relatives au modèle chinois étaient à leur paroxysme, le VIX a atteint 41. En 2008, lorsque le modèle économique américain implosait, le VIX a atteint 80. Selon aucunes de ces mesures, la situation actuelle n’apparait comme dramatique.

  • Lors de son discours de fin d’année, Angela Merkel a annoncé que l’Allemagne reviendrait sur le devant de la scène géostratégique avant son départ en 2021 du fait de l’isolationnisme américain. Elle a présenté la mutation radicale de la situation géopolitique. Il est légitime de se demander si le krach de décembre serait aussi le symptôme de ce risque politique. Rappelons à cette occasion que le risque politique est un risque que nous prenons en compte dans le diagnostic des conditions économiques et financières. Mais nous l’évaluons de manière qualitative. Nous attribuons un score qui pénalise le diagnostic global des conditions économiques et financières. Quoique l’on pense de Trump, il est important de rappeler que la constitution américaine est suffisamment robuste pour protéger d’une dérive totalitaire. Pour autant si l’on reprend la dégradation du mois de décembre, Trump est à trois reprises à l’origine de la panique du consensus : « I’m a tariff man » lorsque le prix des actions ont remonté à la suite des annonces concernant les avancées dans la résolution de la guerre économique entre la Chine et les USA. Puis l’annonce surprise du retrait des troupes de Syrie et le départ forcé du ministre à la Défense respecté, le Général Mattis. Enfin, la remise en question de l’indépendance de la banque centrale américaine, la FED et de son gouverneur Powell. Cela est déstabilisant mais cela ne fait pas une mutation géopolitique. La question est donc différente. Trump est-il un agent de la Russie ? Il y a un certain ridicule à poser cette question. Pour autant, la baisse de décembre nous rappelle qu’il est nécessaire de se la poser. Et si Trump travaillait pour la Russie, quelles en seraient les conséquences ? Les signaux faibles sont les suivants : à qui profite le retrait des accords de Paris sur le climat ? Aux investisseurs américains qui ont parié sur le passage du Nord Ouest et à la Russie dont le potentiel de terres arables pourraient augmenter alors que de grands producteurs actuels comme l’Australie seraient pénalisés. A qui profite l’affaiblissement de l’UE ? Géorgie, Crimée, Monténégro, l’UE englué dans ses crises n’a pas apporté de réponse. La Suède d’ailleurs remilitarise à toute vitesse l’ile de Gotland. A qui profiterait l’implosion de l’Otan ? Pas besoin de développer. A qui profite en premier lieu le retrait de Syrie ? Putin est le premier allier d’Assad. Plus difficile, à qui profiterait un monde moins multipolaire ? Bruno Maçaes, dans « The dawn of Eurasia » dont nous avons déjà parlé, répond à cette question en affirmant que la Russie ne peut prospérer dans un monde multipolaire qui défend les droits individuels et le libéralisme. La Russie ne possède alors que deux options, se séparer du mode de gouvernance actuelle et de Putin en particulier ou changer le monde qui l’entoure. Il est remarquable de noter à quel point le contexte géopolitique a changé depuis l’annexion de la Crimée en 2014. L’implication de la Russie dans les élections présidentielles de 2016 est maintenant prouvée. Le New York Times a notamment démontré méticuleusement comment la Russie a utilisé les réseaux twitter et Facebook pour décourager les noirs américains de voter pour Hillary Clinton. Cela est à mettre en perspective avec les déclarations qui ont suivis les évènements raciaux de Charlottesville lors de l’été 2017. Il existe trois hypothèses de recrutement de Trump par la Russie sont les suivantes : recrutement par adhésion à une idéologie commune, dans le cas présent l’adhésion aux thèses pro-blancs « whiteism », largement présentes en Russie et défendues par Banon, l’ancienne éminence grise de Trump, à la tête du média Breitbart financé par Mercer, l’un des fondateur de Renaissance Technologies et investisseur dans Cambridge Analytica, la technologie qui a permis l’optimisation des publicités Facebook pro-Trump lors de la campagne de 2016. La deuxième est la thèse de Graig Unger, le recrutement par des intérêts financiers, dans le cas présent, une corruption directe via le blanchiment d’argent de la mafia russe par l’intermédiaire des projets immobiliers de Trump dans les années 80. Enfin, le plus abracadabrantesque, la thèse de l’ex-espion britannique Steele, un recrutement par le chantage, la « pee tape ». La question que nous devons nous poser, plus que la réalité d’une collusion, concerne les desseins de la Russie. La guerre non conventionnelle menée par la Russie n’est plus à démontrer. Elle a été annoncée par la Russie, notamment par la voix de Lavnov, ministre russe inamovible des affaires étrangères et par Guerassimov, le chef d’état major russe, dénoncé par l’Otan, nous en avons déjà parlé, et analysée par Madeleine Albright. Selon la BBC, entre 13% et 22% des russes vivent en dessous de la ligne de pauvreté. Putin a annoncé vouloir sortir les russes de la pauvreté en 2024. Madeleine Albright dans « Fascism : A warning » rapporte des propos anciens de Vladimir Putin : « I am so very ashamed. We’ve been a superpower but now we’re like Bangladesh with missiles. » Kaplan, dans « The return of Marco Polo’s world », montre comment il est possible pour la Russie de tirer parti de cette situation qui est en apparence défavorable. La puissance militaire a toujours permis de tirer une rente. Dans le monde que nous connaissons actuellement, qu’Obama vient d’appeler « Unipolaire » et qu’Hubert Vedrine, ancien ministre des affaires étrangères français, décrivait comme « hyperpuissance », la puissance militaire américaine offre une « pax americana ». Le monde est sûr et la captation de la valeur ajoutée se fait via l’innovation et le marketing et chaque participant participe avec une égalité des chances. Les USA prélèvent cependant une rente via le financement en dollar de leur dette, le prélèvement de talents, déjà formés, en provenance du reste du monde et enfin via une désirabilité forte de ses produits, marqueurs de l’ « american way of life ». Nous pensions que le monde évoluerait vers un monde « multipolaire » avec les USA, l’Union Européenne, la Chine et l’Inde comme pôles de création de richesses et de puissance. Les éditeurs qui ont déversé des tonnes de livres sur le XVe siècle ont d’ailleurs accompagné cette réflexion géostratégique. Ce que nous propose Kaplan est pourtant différent. Marco Polo, c’est quelques générations avant les grandes découvertes. C’est l’époque de Gênes et de Venise. C’est un monde éclaté, sans puissance européenne ou mondiale véritablement affirmée. En tout cas pas suffisamment pour établir une « pax romana » ou une « pax mongolica » en Europe. Or sans puissance régionale suffisamment établie, il n’y a pas de croissance économique pour les puissances moyennes ou faibles par le biais de l’innovation ou du marketing. Dans ce cas, la captation de la valeur ajoutée s’effectue via la sécurisation des échanges. Comme le présente Gipouloux dans « La Méditerranée asiatique », Lane évoque à propos de Venise : « During the middle age and early modern times, protection rents were a major source of fortune made in trade. They were a more important source of profits than superiority in industrial techniques or industrial organization. » On le comprend, la Russie aurait une formidable carte à jouer dans une monde chaotique où la sécurisation serait un marché de premier plan. C’est dans ce cadre qu’il faut voir la stratégie isolationniste Wilsonienne de Donald Trump comme un risque géopolitique. C’est ce qu’a dénoncé le général Mattis en quittant sa position de ministre de la défense en disant au Pentagone «Gardez donc foi dans notre pays et tenez bon, aux côtés de nos alliés, unis face à nos ennemis». C’est aussi le pari des organisateurs du Brexit comme Gavin Williamson l’actuel ministre de la Défense britannique qui vient d’annoncer la création de deux nouvelles bases militaires britanniques, l’une dans les Caraïbes et l’autre en Asie du Sud, pourtant quittée depuis 1968. De même que pour le risque totalitaire, nous croyons que les USA restera le pays défenseur des libertés. Nous ne croyons donc pas que le risque géopolitique se transformera en récession. De plus, nous croyons que les avancées dans la guerre économique entre la Chine et les USA sont réelles. Nous vous invitons donc à vous préparer à réinvestir prochainement en actions.