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WEEKLY #55 // #CroissanceMondiale #Inflation #MétéodesMarchés - semaine du 13 janvier 2019
par Mathieu Hamel 14/01/2019 Weekly

Le but de ces notes hebdomadaires est de vous aider à suivre la narration des marchés afin de comprendre et d'anticiper ces derniers. Construisez ainsi une opinion critique sur nos recommandations et personnalisez vos investissements quand vous le souhaitez.

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Cette semaine sur les marchés...

  • Les actions américaines ont augmenté de 10% en euros depuis le 24 décembre et les actions européennes de 4% depuis leur plus bas de décembre. Le rebond a été vif et le MQ multiple, qui exprime le prix des actions en fonction des bénéfices par action ajusté par le niveau de la croissance économique et des taux d’intérêt, est passé de 10 années à près de 15 actuellement. Au delà de 16 années de bénéfices, il est certain que les actions ne sont plus sous-évaluées. Pour autant, les conditions économiques et financières continuent de se détériorer. La situation est cependant un peu moins négative qu’au pire de décembre. C’est pourquoi aucune suggestion « Aupilot » n’a été envoyée malgré le rebond des actions. Les dernières données sur les exportations chinoises et sur la production industrielle européenne sont d’ailleurs très mauvaises, ce qui est un signe tangible de ralentissement de l’économie mondiale. La croissance économique a une relation directe sur le bénéfice par action des entreprises. Lorsque la croissance économique baisse, il devient plus compliqué pour les entreprises d’augmenter leurs bénéfices. Goldman Sachs vient de proposer leurs dernières estimations. Les bénéfices par action seraient toujours en croissance en 2019 de 3%, une augmentation moins forte, mais toujours positive. Au vu du niveau actuel du MQ multiple, si les bénéfices par action baissaient, alors, mécaniquement les actions deviendraient surévaluées.

  • Le prix des actions fluctue en fonction du niveau des bénéfices par action et de celui des taux d’intérêt. En investissant dans les obligations des états solides et puissants comme les États-Unis, l’Allemagne ou la France, le versement des intérêts est quasiment assuré. C’est pourquoi l’intérêt de l’investissent dans les actions dépend de manière importante du niveau des taux d’intérêt. Plus les taux d’intérêt sont élevés, plus l’espérance de gain que peuvent procurer les actions doit être grande pour compenser le risque. De surcroît, plus les taux d’intérêt sont élevés, plus le coût de la dette des entreprises est élevé. Il est donc plus difficile pour les entreprises d’augmenter leur bénéfice. Pour ces raisons, chaque prise de parole du gouverneur de la banque centrale américaine, la FED, et aussi dans une moindre mesure de la BCE, a un impact majeur sur les marchés financiers. Aussi bien actions qu’obligations. En décembre, le discours de Powell, le directeur de la FED, a accentué la baisse des actions. Son discours a porté aussi sur la réduction de la taille du bilan de la FED. Le bilan de la FED est l’instrument qui permet de réaliser le « Quantitative Easing ». La banque centrale peut avoir un impact sur l'activité économique de deux façons différentes. Soit en faisant évoluer les taux d’intérêt de court terme qui déterminent les prêts et emprunts entre les banques commerciales et la banque centrale, soit en intervenant directement sur le marché des obligations avec des achats - ventes en son nom. En 2018, la banque centrale américaine a augmenté ses taux d’intérêt et a diminué le montant des obligations qu’elle détient en direct. Lorsque Powell a affirmé que la diminution de ce montant resterait en « autopilot », baissant de 50 milliards par mois, quelque soit l’évolution des conditions économiques et financières, le consensus a considéré qu'il faisait une erreur de pilotage et les actions ont été vendu massivement. Le consensus a considéré que cette politique allait condamner la croissance économique. Powell a ensuite modifié la posture de la FED en affirmant qu’il serait flexible en fonction de l’évolution de l’économie. C’est l’une des raisons principales de la remontée du prix des actions depuis Noël. C’est dans ce contexte que le dernier chiffre de l’inflation prenait son importance. Le consensus est actuellement très sensible aux prochains mouvements de la FED, aussi bien au sujet du rythme de la réduction de son bilan qu'au sujet du niveau des taux d’intérêt. Si l’inflation augmente trop rapidement alors la FED n’a d’autre choix que d’augmenter ses taux d'intérêt. Pourtant, dans le contexte récent de fragilisation des conditions économiques et financières, la FED préfèrera ne pas augmenter ses taux d’intérêt si cela n’est pas absolument nécessaire. Les derniers chiffres d’inflation sont à l’identique de ceux du mois dernier, signalant plutôt un arrêt de l’augmentation progressive de taux d'intérêt par la FED. Les taux d’intérêt à 10 ans aux USA sont maintenant à 2,70%, en baisse par rapport au niveau de décembre à 3,20%.

  • Nous nous retrouvons donc dans une situation où les actions sont à la limite de la surévaluation et où les conditions économiques et financières sont à la frontière entre l’amélioration et la détérioration. Cela veut dire que la météo des marchés peut évoluer aussi bien vers « Expansion », ce qui suggérerait d’investir 70% des portefeuilles en action et « Panique », 0% en action. L’incertitude est donc à son paroxysme. Cela est de plus accentué par le Brexit dont on ne sait s’il aura lieu ou pas et, le cas échéant, dans quelles conditions. Mais aussi par les dernières déclarations de ce week-end par le Washington Post et le New York Times sur la trahison potentielle de Trump au profit de la Russie. Enfin, sur l’avenir des réformes en France face aux tensions dont la remise en question pourrait contraindre l’Allemagne à revoir la direction de l’intégration européenne. Sans parler de l’évolution de la guerre économique entre la Chine et les USA. Il faudra donc être particulièrement attentif au contexte politique et géopolitique en plus des facteurs quantitatifs de la météo des marchés lors des prochaines semaines.


Mathieu Hamel