Investissement sur les marchés financiers, Gestion de portefeuille personnel, ETF & Technologies, Assurance-vie

WEEKLY #45 // semaine du 13 Octobre 2018
par Marie Quantier 16/10/2018 Weekly

Le but de ces notes hebdomadaires est de vous aider à suivre la narration des marchés afin de comprendre et d'anticiper ces derniers. Construisez ainsi une opinion critique sur nos recommandations et personnalisez vos investissements quand vous le souhaitez.

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Cette semaine sur les marchés...

  • Il est toujours remarquable d’observer la cristallisation d’un mouvement de foule autour d’une nouvelle spécifique. Cette semaine, les actions américaines ont baissé de 5%, avant de se remonter un peu. Dans un premier temps, et depuis plusieurs mois maintenant, les acteurs de marché ont développé, chacun dans leur coin, une analyse qui conclue à la survalorisation des actions. Pour autant, ils n’ont pas tout de suite vendu. S’ils avaient vendu avant les autres acteurs, alors leur situation personnelle aurait pu être pénalisée. En effet, leur rémunération est principalement déterminée par la différence de performance de leur portefeuille par rapport à celles de ceux de leurs paires. Tous les acteurs tirent plus ou moins les mêmes conclusions, mais pas pour les mêmes raisons. Dans le cas actuel, les raisons présentées ont varié entre les valorisations excessives liées au « Quantitative Easing », la guerre économique avec la Chine et l’explosion de la dette des entreprises. Puis, il y a eu une nouvelle dont l’interprétation est unique pour tous les acteurs. L’investissement dans les actions se résume à l’analyse des bénéfices et taux d’intérêt. Les bénéfices car c’est ce qui permet de créer de la valeur en finançant les investissements ou bien ce qui justifie l’investissement en premier lieu : les dividendes. Les taux d’intérêt agissent sur la différence entre la valeur d’un euro dans le futur et sa valeur aujourd’hui. Il n’est toujours aisé d’évaluer les conséquences sur les bénéfices de telles ou telles conditions économiques et financières. D’où les discussions byzantines. En revanche, une augmentation des taux d’intérêt n’est pas sujette à discussion. Tous les acteurs de marché se disent que les autres investisseurs n’auront pas d’autre choix que d’interpréter négativement une telle nouvelle. Et comme, la majeure partie des acteurs considéraient que les actions étaient trop élevées, alors ils vendent pour matérialiser leurs gains avant que les actions ne baissent de trop. Et lorsque les actions sont suffisamment au delà du niveau admis comme trop cher, alors il n’y a que très peu d’acheteurs.

  • Les actions peuvent être trop chères alors que la santé de l’économie est bonne et s’améliore. Dans ce cas, il est aussi possible que les bénéfices augmentent pendant la période d’ « Euphorie » et amènent les actions à retrouver une valorisation attrayante. Dans ce cas, et si les taux d’intérêt n’augmentent pas trop dans le même temps, la météo passerait en « Expansion ». Pour se donner des ordres de grandeur, fin 2006, le bénéfice par actions du SP500 était de 102 dollars. Fin 2009, il était de 60 dollars. Fin 2014, 110 dollars, et le SP500 à 1995. Le bénéfice par action a nettement baissé en 2015, à 92 dollars, pour augmenter ensuite progressivement jusqu’au niveau actuel de 124 dollars. Le SP500 est actuellement à 2770. D’un côté une hausse des bénéfices de 12% et de l’autre une augmentation du prix du SP500 de 39%. Le prix actuel des actions américaines anticipe donc une hausse marquée des bénéfices pour les années à venir. Le diagnostic sur la santé de l’économie qu’effectuent les systèmes de Marie Quantier permet de se faire une idée sur la vraisemblance d’une poursuite de la hausse des bénéfices. Nous pensons que les bénéfices n’augmenteront pas de manière importante. Pour s’en convaincre, il est important d’avoir en tête qu’il y a deux manières d’augmenter le bénéfice par action : augmenter les bénéfices et/ou réduire le nombre d’actions. Lorsque les entreprises effectuent des programmes de rachat d’actions, elles détruisent de leurs actions. Cela augmente mécaniquement le bénéfice par action. Ce sont les « buy back ». Depuis 2010, entre 400 et 600 milliards par an ont été rachetés d’après le cabinet de recherche Yardeni. La capitalisation totale du SP500 est passée de 11 mille milliards en 2010 à 24 mille milliards de dollars aujourd’hui. Les destructions d’actions correspondent à plusieurs pourcents par an de l’ensemble. Ce n’est donc pas négligeable. De plus, avec la politique de « Quantitive Easing », il y a eu une augmentation des émissions d’obligation d’entreprise. En 2011, la part de la dette des entreprises par rapport au PIB américain était de 40%. Aujourd’hui, cette part est à 46%. Dans le même temps, le PIB a augmenté, ce qui augmente d’autant plus le chiffre des émissions d’obligations d’entreprise. Il ne reste donc que peu de place pour augmenter les emprunts, qui donnent les moyens financiers pour les rachats d’actions. Depuis 1980, cette part n’a jamais été aussi élevée. Enfin, entre 45% et 50% de la hausse des bénéfices de cette année, s’explique par la réforme fiscale. Or, il est estimé que seuls 5% des sommes provenant de la réduction d’impôts a été investi par les entreprises US. En d’autres mots, peu d’investissement pour augmenter la productivité, un taux d’utilisation des capacités de production qui est quasiment au plus haut à 78%, des capacités d’emprunts à leur maximum, cela ne laisse que peu de place à des hausses de bénéfice.

  • Après avoir écouté quasiment en entier le discours de Mike Pence, le Vice-Président des USA, au Hudson Institute, au sujet de la direction de la politique étrangère, nous ne parlerons plus de l’augmentation des barrières douanières mais de la guerre économique entre les USA et la Chine. Il est frappant de constater à quel point Mike Pence s’inscrit dans la tradition du parti Républicain dans ses références et dans sa manière de parler. Pence n’est donc pas Trumpiste. Sans entrer dans l’ensemble de sa doctrine, qui est conservatrice sur les sujets sociétaux au delà de ce que nous connaissons en Europe, sa vision de la politique étrangère de puissance de l’Amérique est celle que nous connaissions. Mais à ceci près, que les dernières évolutions géopolitiques et géoéconomique sont prises en compte. La doctrine Pence, et je crois finalement celle des Républicains, est d’assurer le leadership global de l’Amérique quel qu’en soit le prix. La légitimité de ce dessein hégémonique, clairement exprimé dans son discours, s’appuie sur les valeurs de l’Amérique éternelle : liberté, liberté de la presse et des minorités notamment, qui ont été particulièrement appuyées. Mike Pence s’est présenté comme le leader du monde libre dont l’ennemi est la Chine. Oui, malgré ses propres mots, je n’achète pas sa flagornerie vis à vis du président Trump, le grand leader que la Chine craint. Ce que craignent les investisseurs chinois, c’est la nouvelle stratégie de puissance américaine, qui a été présentée par Mike Pence, au nom des valeurs de l’Amérique et de l’American Dream. C’est le retour de l’ère des Bush, de Reagan, dont l’enjeu stratégique n’est pas l’accès aux hydrocarbures, ou la disparition de l’URSS mais la protection de l’avance technologique et militaire des USA. Nous avons devant nous, un deal clairement présenté par Mike Pence : Chine, soit vous vous libéralisez, soit nous vous brisons. Dans ce contexte, les barrières douanières, qui semblaient être une montée en tension sans précédent, semblent quasiment dérisoires. Nous croyons que ce discours explique aussi la panique de cette semaine, en plus, ou à la place, de l’augmentation des taux d’intérêt. Pour rappel, il a eu lieu le jeudi 4.


Marie Quantier