Investissement sur les marchés financiers, Gestion de portefeuille personnel, ETF & Technologies, Assurance-vie

WEEKLY #39 // semaine du 25 Août 2018
par Mathieu Hamel 25/08/2018 Weekly

Le but de ces notes hebdomadaires est de vous aider à suivre la narration des marchés afin de comprendre et d'anticiper ces derniers. Construisez ainsi une opinion critique sur nos recommandations et personnalisez vos investissements quand vous le souhaitez.

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Cette semaine sur les marchés...

  • Les interférences entre les marchés financiers et la politique n’ont jamais été aussi importantes depuis 1999 et l’arrivée de la Chine dans le jeu économique moderne. Le consensus sur les actions fluctue au gré des déclarations sur les barrières douanières, des sanctions économiques en guise de diplomatie (Turquie, Iran). Mais cela ne s’arrête pas là, les déclarations de Trump sur tweeter sur l’EURUSD font maintenant bouger cet immense marché. Mais ce n’est pas tout, le prix des obligations est aussi devenu sensible aux déclarations politiques. Les déclarations de Trump sur la politique monétaire, malgré les accords d’indépendance entre l’exécutif et la FED de 1951, ont fait bouger le marché. N’oublions pas non plus Putin qui dédollarise et achète de l'or, Salvini qui sollicite la Chine pour financer l'Italie au détriment d'une coopération européenne et Merkel qui appelle à se soustraire du système de paiement SWIFT, contrôlé par les USA, pour sauver les accords sur le nucléaire iranien. L’EURUSD vient de faire un aller/retour de 3%. Baisse de 3%, puis retour à son niveau initial en 2 semaines. C'est inhabituel. Dans le même temps, les taux d’intérêt américains à 10 ans sont passés de 2,85% à 2,80%. Il y a encore quelques semaines, ils dépassaient 3%. Et il n'y a eu aucune information économique majeure. C'est encore inhabituel. Nous pensions que les vacances du président américain permettrait au consensus de digérer les information économique et financières fondamentales. Au premier lieu desquelles il y a l'augmentation de la dette des entreprises, à un niveau historiquement haut et annonciateur de retournement. Mais encore, l'incapacité de l’économie américaine à augmenter le taux de participation de la population totale dans la population active. Le taux de chômage est certes à un plus bas, mais il y a 4% de la population totale en moins dans la population active, celle qui travaille ou cherche à travailler, par rapport au niveau d'avant la crise de 2008. En d’autres termes, avec une structure du marché du travail identique à celle de 2007, le taux de chômage aux USA serait le double, à 8% de la population active. Enfin, l’impact du niveau des rachats d’actions par les entreprises, qui n’avaient jamais atteint ces niveaux. Les entreprises sont maintenant les principaux acheteurs sur le marché. Dit autrement, il y a une augmentation de la dette des entreprises qui financent des rachats d’actions. Le conflit d’intérêt entre les dirigeants d’entreprise, dont la rémunération dépend de la valeur des actions, et la santé des entreprises, qui doit prendre en compte dette et profitabilité, atteint un niveau record. Cela est renforcé par les réductions d’impôts qui ont été accordées par l’administration américaine. Pour rappel, les réductions d'impôt constituent la moitié (10%) de la croissance des profits des entreprises du SP500 (20%). N'oublions pas le grand absent des analyses macroéconomiques, le niveau de la dette des étudiants américains, à 1500 milliards de dollar. Celle-ci va peser nécessairement sur la consommation et donc la croissance économique. Cela ne veut pas dire que les actions vont arrêter de monter. Mon portefeuille personnel (en tant que Mathieu Hamel) est composé de 20% d’iShares Eurostoxx 50, de 19% de Lyxor CAC40 et de 6% de Lyxor Banques Europe. Le reste en cash. 100% de mon budget de risque est consommé. Mon budget de risque s'élève à 30% de baisse maximale (dans les pires scenarios possibles et en prenant en compte le régime de marché, actuellement Euphorie). C’est une position très risquée car elle est orientée à 100% sur l’Europe. Il n'y a aucune obligation pour bénéficier des situations de crises financières. J'attends un moment opportun pour reprendre des positions sur les obligations. Pour synthétiser en une phrase, le consensus ignore l’accumulation des signes négatifs et la disparitions des coussins de sécurité : niveau d’endettement en hausse et ratio entre le prix des actions et le niveau des profits historiquement hauts en prenant en compte la croissance économique et les taux d'intérêt.

  • Il y a donc des dissonances importantes entre les classes d’actifs, actions, obligations et taux de change. Le niveau du prix des actions ne reflète pas le niveau des taux d’intérêt. Soit les actions doivent incorporer un taux de croissance de l’économie plus faible et ainsi être compatible avec des taux d’intérêt à 10 ans aux USA à 2,80% ou alors les taux d’intérêt doivent prendre en compte le retour d’une croissance forte de l’économie, et donc de l’inflation, et s’établir au dessus de 4%. Deuxièmement, le niveau des CDS, coût de la protection contre le risque de défaut soit sur le remboursement, soit sur le paiement des intérêt des obligations, des entreprises américaines est trop bas par rapport au ratio des dettes d’entreprise vis à vis du PIB des USA. De plus, de manière un peu technique mais très importante, la courbe des taux forward vient de s’inverser. La 1ère fois depuis 2007. Cela veut dire que le consensus pense que les taux d’intérêt de court terme, à 12 mois, vont augmenter, puis baisser à horizon de 2 ans. Or une baisse des taux d’intérêt de court terme dans 2 ans veut dire que la FED arrêterait non seulement sa hausse des taux, mais qu’elle commencerait à les baisser. Cela n’aurait pas de sens dans un scénario d’économie en pleine reprise avec des taux qui sont toujours historiquement très bas. N’oublions pas enfin, qu’en parallèle, la banque centrale européenne continue le « quantitative easing » et la banque centrale du Japon cherche à le pérenniser. Le « quantitative easing » est le signe d’un système de distribution du crédit bancaire en très mauvaise santé et limite la croissance économique. Cet état de fait n’est pas cohérent avec la faiblesse relative actuelle du dollar par rapport à l’Euro et au Yen. Pour prendre un peu de recul, nous pouvons dire que l’économie arrive en fin de cycle et les dernières cartouches de stimulation : réduction fiscale et augmentation de la dette des entreprises, sont en train de s’épuiser. Nous sommes clairement dans une situation similaire à celle de 2007. Cela ne veut pas dire que 2019 ressemblera à 2008. Cela veut dire qu’il est maintenant de connaissance commune que le cycle de hausse n’a plus de moteur en dehors de l’effet d’entrainement. Et cela peut durer. Simplement, lorsque cela va s’arrêter, il faut s’attendre à des baisses rapides et pouvant aller jusqu'à 20%, au delà de la zone de correction. Vous pouvez protéger dès maintenant votre portefeuille, quitte à rater la fin de la hausse. Vous pouvez aussi suivre jour après jour l’actualité financière et déterminer dès maintenant le facteur concret qui déclenchera la liquidation de vos positions en actions. Dans mon cas (en tant que Mathieu Hamel), ce sera une hausse de l’ordre de 5% des CDS des entreprises américaines. Pour rappel, les suggestions Marie Quantier « Autopilot » ont recommandé de protéger le portefeuille depuis le mois de décembre dernier.

  • Parmi toutes ces nouvelles, il y en à une qui nous donne particulièrement confiance dans l’avenir. Car nulle crise financière n’est problématique en soi. Une crise financière est toujours l’occasion de réaliser de la performance sur ses positions obligataires. Les problèmes proviennent lorsqu’une crise financière se transforme en crise de confiance. Or Jérôme Powell, le nouveau président de la FED a réaffirmé cette semaine la détermination de la FED à rester indépendante, quelque soit les pressions exercées par le pouvoir exécutif. Trump en d'autres mots. Il a d’ailleurs rappelé quelques leçons importantes de l’histoire économique récente sur les dangers de l’interventionnisme politique dans la politique monétaire. « In FED, I trust. » Tant que des gens intelligents seront à la tête d’une FED indépendante, rien de vraiment grave (guerres, dislocation des économies, migrations de masse) peut nous arriver.


Mathieu Hamel