Investissement sur les marchés financiers, Gestion de portefeuille personnel, ETF & Technologies, Assurance-vie

WEEKLY #35 // semaine du 21 Juillet 2018
par Mathieu Hamel 02/08/2018 Weekly

Le but de ces notes hebdomadaires est de vous aider à suivre la narration des marchés afin de comprendre et d'anticiper ces derniers. Construisez ainsi une opinion critique sur nos recommandations et personnalisez vos investissements quand vous le souhaitez.

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Cette semaine sur les marchés...

  • Un peu moins de 20% des entreprises du SP500 ont annoncé leur bénéfice pour le 2e trimestre de 2018. Les résultats dépassent un peu les estimations du consensus et présentent une augmentation par rapport à l’année dernière de plus de 20%. Cette hausse est l’une des plus importante depuis 2010. Pour autant, selon plusieurs banques d’investissement, de l’ordre de la moitié de cette hausse, soit 10%, provient de la dernière réforme fiscale. Le prix du SP500 s’établit à 24 années de bénéfices, Price-to- Earnings ratio. En prenant les estimations à 12 mois, selon ce même ratio, le prix du SP500 représente 17 années de bénéfice. Si l’on prend le ratio Price-to-Earnings ajusté des facteurs macro-économiques, estimation de croissance et taux d’intérêt, alors le prix du SP500 s’élève à 21 années de bénéfice. Cela est bien au-dessus du seuil des 16 années qui constitue la frontière entre ce qui est surévalué de manière certaine et ce qui ne l’est pas. Cela ne veut pas dire qu’il n’y aucun potentiel de hausse, cela veut dire que, si hausse il y a, elle n’est pas fondée sur des facteurs fondamentaux. A ce niveau de valorisation, la « marge de sécurité », chère à Warren Buffet, n’existe tout simplement pas. C’est pourquoi, en cas de baisse, les baisses sont plus violentes en période d’euphorie. Période actuelle.

  • Il est aussi à noter qu’en prenant en compte les entreprises ne réalisant pas de bénéfice, le Russell 2000, l’indice des petites et moyennes entreprises, présente un Price-to-Earnings de plus de 80 années de bénéfice. De plus, plus de 80% des entreprises du Russell 2000 ne sont pas profitables. C’est un plus haut historique. L’impact de la productivité marginale croissante, propre à certaines entreprises Tech, transforme le marché en « winners take all ». A un bout du spectre, nous avons les GAFA/FANG qui possède le cash pour acheter et déployer la commercialisation, et de l’autre, les petites et moyennes entreprises cibles, innovantes et déficitaires.

  • Le président américain a déclaré sur CNBC que la remontée des taux d’intérêt par la FED compromettait la relance économique de son administration. C’est sans précédent depuis 20 ans et surtout cela met un terme à l’effort de contrôle séculaire de l’inflation entamé par le président de la FED Paul Volcker en 1979. En remettant en question l’indépendance de la banque centrale, Trump a eu un impact immédiat sur les taux d’intérêt et sur le taux de change. Les taux d’intérêt ont augmenté de 2,85% à 2,89% et le dollar a baissé contre l'euro de 1,16 à 1,1720. Trump nous rejoue en fait l’épisode de Mitterrand en 1981. La réforme fiscale est une politique de relance budgétaire keynésienne. Au lieu d’augmenter les dépenses publiques comme Mitterrand, Trump a réduit les recettes fiscales. En termes économiques, l’impact de ces politiques est exactement le même. Seuls les bénéficiaires diffèrent. En augmentant le déficit public, une forte pression sur le déficit commercial s’exerce. C’est l’équation de base de la macroéconomie : (S-I)+(T-G)=(X-M); S est l’épargne; I est l’investissement; T sont les Taxes;G les dépenses du gouvernement; X sont les exportations et M les importations. En 1981, l’explosion du déficit budgétaire avait entrainé une explosion du déficit commercial. De même, la pression exercée sur le financement du déficit budgétaire pousse les taux d’intérêt de court terme à la hausse. La hausse de taux d'intérêt à court terme qui approche les 2,85% avec l'aplatissement de la courbe des taux d'intérêt est très supérieure à celle des taux directeurs déterminés par la FED, entre 1,5% et 1,75%. De plus, depuis 2009, ce n’est pas l’épargne des ménages qui finance la dette américaine, ni même les réserves de change venant de Chine ou du Japon. C'est la FED. Or la FED, pour garder sa crédibilité et préserver la confiance dans le système économique doit réduire son bilan, hérité des différents « quantitative easing ». Ce que Trump insinue en rompant avec l’indépendance de la FED, c’est qu’il va tout faire pour obtenir de l’inflation : d’où la baisse du dollar et la hausse des taux d’intérêt de long terme. C'est en dénonçant les taux d'intérêt trop hauts, que Trump a fait augmenter à nouveau les taux. Comme l’a dit Karl Otto Pöhl, président de la Bundesbank dans les années 80, l’inflation, c’est comme le dentifrice, facile à faire sortir, impossible de l’y faire rentrer. Trump joue donc ici avec le feu. Pour résumer, face au risque sur la croissance créé par la guerre commerciale initiée par les barrières douanières de l'administration Trump, alors même que la réduction de la Fed, via (S-I) pousse à l’augmentation du déficit commercial, et que la réforme fiscale, via (T-G) en diminuant drastiquement T et en laissant inchangé G, pousse encore à l’augmentation du déficit commercial, Trump cherche à manipuler le dollar, pour ne pas perdre la face, en mettant en jeu la crédibilité de la FED. Nous ne pensions pas qu'un tel "signe noir" pouvait apparaître. Tous ces développements sont sans précédent et nécessitent la plus vive attention.


Mathieu Hamel