Investissement sur les marchés financiers, Gestion de portefeuille personnel, ETF & Technologies, Assurance-vie

WEEKLY #33 // semaine du 07 Juillet 2018
par Mathieu Hamel 07/07/2018 Weekly

Le but de ces notes hebdomadaires est de vous aider à suivre la narration des marchés afin de comprendre et d'anticiper ces derniers. Construisez ainsi une opinion critique sur nos recommandations et personnalisez vos investissements quand vous le souhaitez.

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Cette semaine sur les marchés...

  • Alors que certains analystes anticipaient une remontée des taux d'intérêt qui aurait été la conséquence d'une hausse des anticipations de l'inflation due à l’instauration des nouvelles barrières douanières, le consensus a opté pour baisse significative. Les taux d'intérêt ont fortement baissé cette semaine, profitant aux positions dans les ETF d’obligations. L’euro aussi été impacté et s'est apprécié. Les taux d'intérêt européens, déjà bas, ne peuvent pas baisser aussi amplement que les taux d’intérêt américains. La capacité de l'Europe a adopté une position commune, malgré la présence des populistes en Italie, a aussi favorisé l'euro. Le consensus s'est accordé pour anticiper une baisse de l'inflation car celle-ci est la capacité du monde économique à être optimiste. Or Ray Dalio, fondateur du Hedge Fund Bridgewater (150 milliards sous gestion) a affirmé cette semaine « la guerre avec la Chine vient de commencer ». Non pas guerre commerciale, mais guerre. Cette interprétation est partagée par de nombreux analystes. Historiquement le protectionnisme a mené à la guerre, notamment les deux dernières guerres mondiales. Ce n'est pas de nature à renforcer l’optimisme et donc l’inflation. Nous croyons toujours que les USA sauront ne pas mettre le feu aux poudres et que le nationalisme économique de Trump est motivés, avant tout, par les élections des « mid term » de novembre.

  • Le cas de l’entreprise chinoise ZTE, dont on nous a parlé cette semaine, caractérise ce que nous évoquions récemment au sujet de la « global value chain ». Suite aux sanctions américaines contre l’Iran, ZTE, qui vend des téléphones portables en Iran, a été sanctionné. ZTE utilise des composants américains pour ses téléphones. La conséquence est le lancement d’une nouvelle filière chinoise, faisant intervenir des entreprises françaises, pour se prémunir des sanctions américaines et instaurer une indépendance productive en matière de puces Wifi et Blue Tooth. Les barrières douanières impactent la "global value chain" avec moins d'intensité mais de la même manière. Dans ce cas, l'économie américaine en sort perdante.

  • L’instauration des barrières douanière cette semaine réalise le risque politique dont nous avons parlé ces derniers mois. L’augmentation des inégalités aux USA a entrainé la mise en place de politique pénalisant la croissance mondiale de moyen terme. Les travailleurs pénalisés par la mondialisation et la crise de 2008, la cible des populistes aux USA et en Europe, ne profitent pas des mesures protectionnistes. Le pouvoir économique est une course en avant où l’innovation constitue l'arme durable. Il a été montré que la formation individuelle, la protection lors des reconversions et le développement des infrastructures, dont la protection des droits personnels et de la propriété individuelle, sont les politiques les plus efficaces pour maintenir le progrès technique. Pour autant, ces sujets n’ont pas été abordés dans les campagnes électorales récentes. Il nous semble que cela s’explique par la collision entre les conséquences de la mondialisation, de la digitalisation et des crises démographiques. Le sujet des migrants aussi bien aux USA qu’en Europe cristallise le débat politique. En Italie et en Allemagne, le taux de fertilité ne permet pas d’entretenir une croissance économique à long terme. Il est donc nécessaire d’accueillir des migrants, ce qu’ont fait et l’Allemagne et l’Italie. Le monde ne pourrait soutenir l’endettement à 235% du PIB du Japon qui a été nécessaire pour maintenir son activité économique. Le Japon est un autre pays majeur dont le taux de fertilité est inférieur à 1,5 enfant par femme, comme en Italie et en Allemagne. En France et aux USA, la fertilité est plus forte. En France, la politique nataliste a permis à toutes les catégories de population, y compris blanche, de maintenir un taux de natalité important. Les politiques natalistes permettent aux femmes de s’insérer dans la vie professionnelle moderne sans diminuer leur taux de fertilité. De plus, le système d’éducation français continue de préserver l’idéal républicain de méritocratie et de promouvoir le savoir du vivre-ensemble, quelles que soient sa couleur de peau ou sa religion. Non sans difficulté. Cela explique peut-être l'élection d'E. Macron, à contre courant de la montée des populismes. L’absence d’investissement significatif aux USA dans l’éducation secondaire a polarisé l’émergence d’élites communautaires, privées du savoir du vivre-ensemble. Cela explique, selon certains analystes américains, l’explosion du « whitism » aux USA. Trump serait le premier président de la minorité blanche des USA. Même si les blancs restent majoritaires aux USA, ils sont devenus une communauté comme les autres. Les électeurs de Trump se caractérisent non pas par du racisme mais par une attitude pro-blanche et pro-culture-Américano-Européenne. Il n’est peut être pas surprenant que le débat sur le droit à l'avortement a repris le devant de la scène aux USA cette semaine, au sujet de la nomination du nouveau juge à la cour suprême. Des débats sur les liens entre le taux de fertilité et le dynamisme économique ou encore le taux de fertilité et la capacité des USA à soutenir leur dette sont menés au sein de l’ « heritage foundation », le « think tank » conservateur, à la manoeuvre dans l’élection puis dans les directions politiques prises par l’administration Trump. Cette collision explique, d’après nous, la confusion qui règne au sein du débat politique et économique depuis 2016. C’est pourquoi nous restons circonspects sur la capacité de la croissance mondiale à accélérer prochainement. Seul facteur qui ferait passer la météo d’Euphorie à Expansion.


Mathieu Hamel