Investissement sur les marchés financiers, Gestion de portefeuille personnel, ETF & Technologies, Assurance-vie

Savoir se comporter comme ours
par Mathieu Hamel 14/03/2017 Marchés & Techno

En tant qu'investisseur particulier, on ressent une vive frustration lorsque notre portefeuille n'augmente pas autant que les indices larges d'actions. C'est une situation qui est même plus difficile à vivre qu'une baisse de son portefeuille dans un marché baissier. La comparaison avec ses pairs est le moteur le plus puissant sur le comportement humain ... jusqu'à nous faire prendre de mauvaises décisions. Mais alors comment rester offensif en dehors des actions ?

S'abonner aux notes hebdomadaires Marie Quantier

Savoir se comporter comme un ours

Lorsque les actions sont trop chères - et elles le sont actuellement - il faut les vendre pour se protéger du risque de baisse, y compris lorsqu'elles continuent de monter. "L'euphorie désigne une sensation de bien-être physique ou moral disproportionnée ou sans relation avec une situation donnée. Elle est un symptôme de pathologie psychiatrique, mais peut également provenir d'une intoxication." En d'autres mots, dès lors que les actions deviennent trop chères, il est impossible de savoir quand exactement elles arrêteront de monter. En revanche, nous savons que lorsqu'elles baissent en période d'euphorie, elles baissent plus violemment et plus rapidement. Accepter l'idée qu'on a fait le bon choix - alors que nos proches continuent de faire de la performance - est l'un des enjeux les plus compliqués de l'investissement. En d'autres mots, le bon choix consiste à :

  • Vendre les actions pour se protéger du risque de baisse lorsqu'elles sont trop chères
  • Acheter des obligations et s'exposer au dollar est pertinent lorsque l'on pense que le marché est en régime d'euphorie pour profiter de la hausse des valeurs refuges
  • C'est une attitude d'"ours". Les "traders bear", les investisseurs qui vendent les actions à découvert, sont appelés les "ours" à Wall Street. Investir dans les obligations lorsque l'on anticipe une baisse des actions et une hausse des valeurs refuges s'apparente à cette logique.

    Tout le monde parle d'augmentation des taux d'intérêt. Mais de quoi parle-t-on au juste ? Les taux d'intérêt que pilote la FED et qui ont toutes les chances d'être augmentés aujourd'hui s'appellent les taux "FED funds". Ce sont les taux auxquels sont placées et empruntées les réserves obligatoires de banques pour respecter les ratios de solvabilité qui assurent la stabilité du système bancaire.

    Pourtant, l'augmentation des taux par la FED n'entraine pas nécessairement l'augmentation continue des taux d'intérêt à 10 ans. Il en va donc de même pour les ETF d'obligations dont le prix évolue en sens inverse de celui des taux d'intérêt. Il est possible d'enregistrer des hausses sur les obligations, y compris lorsque les taux d'intérêt sont remontés par la FED.

    Avant de voir ce qui peut perturber l'évolution des taux d'intérêt, jetons un oeil sur l'évolution des différents taux pour s'en persuader.

    Remontée des taux d'intérêt des réserves obligatoires par la FED et remontée des taux d'intérêt sur le marché libre

    On peut constater que depuis 50 ans, ces taux d'intérêt ont connu tous les niveaux. La FED utilise ces taux d'intérêt pour piloter le niveau de l'emploi, celui de l'inflation mais aussi (et c'est contreversé !) le niveau du SP500 pour assurer une continuité du système des retraites.

    meteo

    On constate que depuis 1999 avec la fin de la politique de désinflation (diminution de l'inflation), les FED funds évoluent dans un cadre plus restreint.

    meteo

    Le métier traditionnel des banques consiste à emprunter à court terme pour prêter à long terme. C'est pourquoi les taux d'intérêt courts sont nécessairement liés aux taux d'intérêt longs.

    Pourtant, en se focalisant sur les 5 dernières années, on peut se rendre compte qu'il n'y a pas de relation de cause à effet direct entre le niveau des FED funds et le niveau des taux d'intérêt à 10 ans sur le marché.

    Ici pour les FED funds :

    meteo

    Ici pour les taux d'intérêt à 10 ans :

    meteo

    Par la même occasion, on constate que les taux d'intérêt à la mi-décembre (lorsque nous avons changé de météo des marchés) avaient déjà augmenté. On peut aussi le voir sur les taux d'intérêt à 10 ans en Europe :

    meteo

    En conclusion, l'évolution des taux d'intérêt ne se fait pas en ligne droite : elle fluctue. Il en va donc de même pour les ETF d'obligations dont le prix évolue en sens inverse de celui des taux d'intérêt. Il est possible d'enregistrer des hausses sur les obligations, y compris lorsque les taux d'intérêt sont remontés par la FED.

    Importance des indicateurs de sentiment et régime d'Euphorie des actions

    Lorsque le sentiment de marché devient négatif, les investisseurs cherchent à sécuriser leurs avoirs. Les valeurs refuges telles que les obligations d'État et la devise de référence qu'est le dollar, se renforcent. Pour cette raison, être investi en obligations (y compris dans un contexte d'augmentation du niveau des taux d'intérêt) permet de réaliser de la performance.

    Intéressons nous maintenant à la météo des marchés pour comprendre pourquoi le portefeuille d'euphorie actuel est destiné à générer de la performance.

    meteo

    Nous pouvons constater que les indicateurs définissent clairement une amélioration de l'économie mondiale. On constate aussi aussi que les indicateurs de sentiment (en orange) sont particulièrement bien orientés. Or les indicateurs de sentiment sont les plus volatiles. Lorsqu'ils indiquent tous majoritairement une économie mondiale en amélioration, les actions sont souvent temporairement à un plus haut (les grandes tendances étant définies par les indicateurs économiques en vert).

    meteo

    Nous pouvons aussi regarder l'ampleur de la sur-évaluation du prix des actions en fonction de la méthodologie du P/E ajusté des facteurs macroéconomiques. Il suffit de cliquer sur le drapeau :

    meteo

    Le niveau qui délimite l'entrée dans la sur-évaluation est 16. Nous voyons que nous sommes actuellement proches de 18.

    Pour rappel, les facteurs favorables sont:

  • le niveau des résultats des entreprises, en stabilisation
  • le niveau de la croissance économique, en stabilisation
  • Les facteurs défavorables :

  • le niveau des taux d'intérêt, actuellement en plein augmentation
  • le niveau de le coût de la protection contre le risque de défaut sur les emprunts (CDS), en stabilisation
  • meteo

    En conclusion, il n'y a pas de raison apparente pour que les actions redeviennent attractives sans que les prix baissent. Cela pourrait très bien intervenir dès le prochain retournement du niveau de sentiment de marché.

    Se protéger du phénomène de débandade vers les valeurs "refuges" en cas de couacs sur les marchés

    Les facteurs qui pourraient entraîner un retournement du sentiment du marché peuvent être les suivants :

  • Des indications que la loi Dodd-Franck ne serait pas modifiée, en effet un grosse partie de la hausse récente repose sur les actions financières dues aux spéculations autour du retour de la dérégulation
  • Une réforme de l'Obamacare qui serait plus difficile (et longue) que prévue, ce qui repousserait les réformes fiscales
  • Un blocage de la réforme fiscale et des projets de renouvellement des infrastructures par le "tea party". Pour rappel, l'élection de Trump repose sur un socle du Tea Party qui lui-même repose sur une réduction des dépenses publiques (exactement le contraire de la réforme fiscale et des projets de grands travaux d'infrastructure)
  • Information sur des liens avérés entre Trump et la Russie
  • Des négociations chaotiques autour de l'introduction de l'Aramco qui obligeraient l'Arabie Saoudite à réouvrir les vannes de la production pétrolière, ce qui enverrait les prix du pétrole à la baisse, et ensuite diminuerait les perspectives de résultats des entreprises du secteur (10% à 15% des grands indices)
  • Dans tous ces scénarios, les actions baisseraient, les taux d'intérêt baisseraient (ce qui augmenterait le prix des ETF d'obligations) et le dollar monterait. Si les actions baissent suffisamment à ce moment, non seulement le portefeuille aura profité de la débandade vers les valeurs refuges, comme les "traders bear", les investisseurs qui vendent les actions à découvert appelés les "ours" à Wall Street, mais en plus il sera alors opportun de réinvestir en actions vu que l'économie semble durablement s'améliorer.

    Message réglementaire: "Attention, tout investissement comporte un risque de perte en capital. Les performances passées ne présagent pas des performances futures. Les supports en unités de compte et ETF ne sont pas garantis et sont soumis aux fluctuations des marchés financiers à la hausse comme à la baisse. L’entreprise d’assurance ne s’engage que sur le nombre d’unités de compte, mais pas sur leur valeur."


    Mathieu Hamel