Investissement sur les marchés financiers, Gestion de portefeuille personnel, ETF & Technologies, Assurance-vie

Histoire de la déflation japonaise
par Mathieu Hamel 09/01/2015 Marchés & Techno

Le Japon d’après guerre étonne par sa puissance économique. Cependant, cette croissance fulgurante, faite de crédits faciles et d’investissements, amène le Japon de la fin des années 80 à la surchauffe. La Banque Centrale Japonaise (BOJ) cherche alors à limiter l’emballement en augmentant ses taux d’intérêt. L’arrêt qui s’en suit est brutal, les bulles éclatent et tous les acteurs de l’économie japonaise se retrouvent très endettés.

S'abonner aux notes hebdomadaires Marie Quantier

Histoire de la déflation japonaise

Roaring 80's

Au début des années 80, le Japon surprend par sa toute-puissance. Ruiné par la 2nde guerre mondiale et humilié par la défaite, le Japon panse ses plaies et se relève à une vitesse phénoménale. Son industrie est l’une des plus productives du monde, l’innovation y est prépondérante (robotisation, walkman et électronique) et les liens entre le système éducatif, la recherche publique et les entreprises sont enviés dans le monde entier. Le Japon produit 18% de la richesse mondiale contre 9% environ aujourd’hui ; à titre de comparaison, la part de la Chine est de 9% actuellement alors que sa population est plus de dix fois supérieure.

Sources de déséquilibres

Le Japon est cependant au bord de la surchauffe. Ses exportations et sa balance commerciale explosent. Les prix de l’immobilier s’envolent : la hausse atteint 60% pour la seule année 1989! Les entreprises, en très bonne santé financière, en profitent pour s’endetter et investir dans l’immobilier ou le rachat d’entreprises à l’étranger. La bourse atteint des sommets aidée par des investisseurs qui s’endettent pour acheter de plus en plus de titres. L’indice Nikkei 225, l’équivalent local de notre CAC 40, a quasiment quadruplé entre 1984 et 1990.

La banque centrale augmente les taux

En réponse à ces , la Japonaise (BOJ), augmente les de 4% à 8% entre 1989 et 1991. Cette hausse a pour but de freiner la création monétaire par la limitation des crédits alloués par les banques.

La fin de l'euphorie

Les effets de cette politique sont immédiats. La bulle immobilière éclate : les investisseurs ne disposant plus de crédit, n’achètent plus de biens immobiliers. Les prix s’effondrent. Du fait du crédit facile de la période précédente, les banques ont accordé des prêts à des personnes peu fiables qui ne peuvent finalement rembourser leur dette. De concert, la bulle boursière explose car les investisseurs vendent massivement leurs actifs financiers pour récupérer de l’argent frais. La fait place à la crise et le château de carte s’écroule.

Début de la déflation

Les conséquences de ce type de retournement, que l’on appelle un "choc déflationniste", sont multiples. Les ménages, qui n’ont plus le moral ni d’économies, réduisent brutalement leur consommation. Les prix baissent alors pour tenter d’écouler la production. L' devient négative, les prix baissent, c’est la ! Le chômage fait plus que doubler en l’espace de 10 ans.

Impossible de rembourser les emprunts

Pour relancer la consommation et l’investissement des entreprises, la BOJ doit, cette fois-ci, intervenir en baissant ses taux d’intérêt de 8% en 1991 à 2% en 1995. Le but étant de relancer le crédit « pas cher ». La banque centrale réduira même les taux d’intérêt à 0% à la fin des années 90. Cependant, avec la baisse des prix, les emprunts deviennent de plus en plus difficiles à rembourser. Pour illustrer, imaginons un boulanger qui aurait une dette de 1000 euros par exemple. En cas de déflation, le boulanger doit vendre de plus en plus de baguettes pour rembourser cette dette. Par exemple, si le prix de la baguette passe de 1,2 euros à 1 euro, alors le boulanger devra augmenter de 16% ses ventes pour obtenir le même revenu et donc rembourser ses dettes.

Baisses de salaire

Les entreprises aussi doivent faire face à la déflation. La baisse des prix les obligent à réduire leurs coûts pour rester rentables. Cela implique notamment une baisse des salaires. Ceci entraine nécessairement une baisse de la consommation des ménages, ce qui renforce la déflation. C’est la "spirale déflationniste" !

Cette situation est intenable. Aucune société ne peut prospérer lorsque la déflation perdure.


Mathieu Hamel