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L’hyperinflation allemande des années 20
par Mathieu Hamel 11/09/2012 Marchés & Techno

L’hyperinflation allemande a eu des conséquences tragiques. Les mécanismes menant à cette catastrophe sont nombreux. Les comportements de fuite devant une monnaie ne valant plus rien et le manque de courage des dirigeants politiques face aux demandes des populations et des industriels expliquent l’essentiel.

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L’hyperinflation allemande des années 20

Au lendemain de la Guerre, l’Allemagne vaincue doit, selon les termes du Traité de Versailles de 1919, rembourser les dégâts et participer à la reconstruction des pays envahis.

Pour rembourser cette dette, le gouvernement allemand a donc choisi, plutôt que d’augmenter les taxes ou de réduire d’autres dépenses, de faire tourner la planche à billets. De manière concomitante, le blocus imposé par les signataires du traité de Versailles avait déjà entraîné une hausse des prix alimentaires, créant donc un début d’ inflation.

Un double phénomène qui a rapidement dégradé la situation en Allemagne : lorsque l’inflation devient trop élevée, il n’y a plus aucun intérêt de garder de l’argent, la valeur de la monnaie diminuant très rapidement (circulation de la monnaie), alimentant d’autant les poussées inflationnistes.

Le cercle vicieux était lancé. En effet, l’hyperinflation qui a frappé l’Allemagne en 1923 a provoqué la ruine quasi-complète de tous les acteurs, des institutions financières aux particuliers. Cas d’école des conséquences d’une inflation non maîtrisée, cet exemple majeur n’a pas servi à vacciner les pays confrontés à cette situation. La crise hyper inflationniste de l’Allemagne s’est répétée lors d’autres crises du même genre. Elle n’a pas empêché la venue d’autres crises inflationnistes majeures telles que celles intervenues au Zimbabwe (2004-2009), en Hongrie (1946), en Serbie (1993-1994), en Argentine (1975-1991), notamment.

Les causes sont partout les mêmes : L’absence de volonté chez les décideurs d’aller à l’encontre de l’opinion publique et de faire le choix de limiter les dépenses de l’Etat ou d’augmenter les impôts ; l’appât du gain facile de la part de financiers; l’asymétrie d’information entre les institutions financières et le grand public.

La Reichsbank, la allemande d’avant-guerre suspend la convertibilité du mark en or dès le déclenchement de la guerre le 31 juillet 1914. Dès lors la décision est prise d’imprimer massivement des billets. Pour financer l’effort de guerre, entre 1914 et octobre 1918 la quantité de marks en circulation a augmenté de 500 % alors que les prix n’ont augmenté que de 139% pendant cette même période. Cependant, cette tendance s’inverse par la suite puisqu’en novembre 1923, la quantité de marks en circulation est 245 milliards de fois plus élevée qu’en 1914 mais le coût de la vie (l’inflation) a augmenté par un facteur de 1 380 milliards.
Cette anomalie est causée par le concept de la vitesse de circulation de la monnaie, c’est-à-dire sa capacité à changer de mains rapidement. Plus la monnaie circule rapidement, plus le risque d’inflation grandit, même lorsque la quantité de billets en circulation demeure fixe. Les Allemands vont progressivement perdre confiance en leur monnaie et vouloir s’en débarrasser le plus vite possible, dégradant d’autant plus sa valeur et créant ainsi davantage d’inflation.

Ce phénomène est un processus en deux temps. Dans un premier temps, les Allemands vont économiser leur argent et limiter leur consommation du fait des pénuries liées à la guerre. Il n’y a qu’une augmentation limitée de l’inflation.
Dans un second temps, le blocus imposé par les puissances alliées finit par engendrer une pénurie alimentaire qui va rendre les produits de base de plus en plus chers. La vitesse de circulation de la monnaie augmente car les gens se séparent de leurs marks pour acheter ces produits. A la fin du blocus, la hausse du coût de la vie engendre un mécontentement populaire et des grèves afin d’ajuster les salaires au coût de la vie. Les augmentations de salaires amènent à une plus grande demande de marks auprès des banques, ce qui entraîne l’impression de billets supplémentaires. Le mark se déprécie face aux autres devises. Les industriels et le gouvernement n’en sont pas forcément mécontents puisque ceci augmente la compétitivité des produits allemands à l’étranger. Le taux de chômage chute, mais le pouvoir d’achat de la majorité des ménages diminue.
Lorsque l’inflation s’accélère, plus personne n’est intéressé à conserver des marks trop longtemps, aussi la vitesse de la monnaie augmente davantage. Puisque le régime a interdit d’acheter des devises étrangères pour éviter une fuite des capitaux, les Allemands se rabattent sur tout ce qui pourrait servir de monnaie d’échange en lieu et place de la monnaie du pays: des pianos, des outils, des pneus, des sacs de patates, des chaussures, etc … . L’industrie tourne à plein régime pour contenter cette demande et on atteint le plein emploi malgré la chute du niveau de vie. Il y a donc une certaine résistance de la part des industriels à ce que la Reichsbank arrête la planche à billets. Ceci est, en revanche, en contradiction avec les intérêts des particuliers qui voient leur pouvoir d’achat s’effondrer et annonce les désordres sociaux à venir.

En effet, les métiers manuels, ceux qui permettent de fabriquer des objets de troc ou des denrées de première nécessité sont hautement valorisés, mais les métiers intellectuels eux, ne permettent même plus d’obtenir un salaire décent. Les enseignants, les chercheurs, plusieurs catégories d’ingénieurs ne sont plus reconnues.

De plus en plus de gens préfèrent se livrer à des activités de spéculation en empruntant aux banques pour acheter n’importe quoi plutôt que de se consacrer à des activités productives. Les magasins sont pris d’assaut et de longues files d’attente se créent. Les grèves pour obtenir des hausses de salaires se multiplient. Chaque augmentation de salaire se traduit par une demande accrue en marks ; la planche à billets fonctionne encore à plein régime.
Enfin, les ouvriers, dont le pouvoir d’achat ne s’était pas érodé jusqu’à ce moment, commencent à souffrir gravement de la crise. Ils exigent dorénavant d’être payés chaque jour, puis deux fois par jour pour adapter leur salaire (demande de marks) à l’évolution de la valeur de la monnaie. Les Allemands se pressent dans d’interminables files d’attente pour essayer de se débarrasser de leur argent rapidement avant que les prix n’augmentent. Les prix grimpent plusieurs fois par jour et il y a de moins en moins de gens qui sont intéressés à travailler pour un salaire qui ne suffira même pas à acheter du pain le soir même. L’économie se paralyse complétement.

On comprend dès lors que la cour de Kalsruhe se pose des questions de constitutionnalité sur les politiques de la banque centrale européenne rappelant quelque fois cette fuite en avant.


Mathieu Hamel