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Herbert Hoover et la crise de 29
par Mathieu Hamel 2/11/2012 Le temps d'un café

A l’aube de la crise de 1929, un homme politique du parti républicain fait campagne sur le libre-échange et le non interventionnisme de l’Etat dans l’économie américaine. Herbert Hoover devient président des Etats-Unis en 1929 et doit faire face à la première crise financière de l’ère moderne. Le manque de connaissances économiques et les erreurs à répétition font basculer la crise financière en une crise profonde de l’économie américaine.

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Hoover et la crise de 29

La crise de 1929 est restée dans les esprits comme la première grande crise financière du monde moderne. Les connaissances économiques de l’époque se sont révélées insuffisantes pour répondre à la catastrophe. Certaines de ces décisions ont même permis de diffuser la crise financière vers l’économie réelle. La récession s’est progressivement transformée en dépression. En effet, le taux de chômage aux USA de 3,2% en 1929 est passé à 8,9% en 1930 et a atteint un pic à plus de 25% en 1933.

Un homme est devenu le symbole de ce désastre économique : Herbert Hoover, le président des Etats-Unis de 1929 à 1933. Ce membre du parti républicain s’est fait élire au moment de l’euphorie économique et de la bulle boursière avec un slogan, le « laisser-faire ». Partisan du non interventionnisme dans l’économie et du marché libre, son idéologie a dû faire face à la réalité. Contre toute attente, Hoover a pris en main l’économie du pays.

Première décision de l’administration Hoover, la loi « Smoot-Hawley » est adoptée en Juin 1929, avant l’effondrement des marchés boursiers d’Octobre, et malgré l’opposition de nombreux économistes et hommes d’affaires de premier plan. Les tarifs douaniers sont augmentés de 60% sur ​​3200 produits importés. A titre d’exemple, les taxes passent de 20% à 34% sur les produits agricoles, de 36% à 47% sur les vins, les spiritueux et les boissons, de 50 à 60% sur laine et lainages.

Les fonctionnaires de l’administration et du Congrès pensent que l’augmentation des barrières commerciales va forcer les Américains à acheter davantage de produits nationaux, ce qui résoudrait le problème du chômage persistant. Mais ils ignorent un principe important du commerce international: le commerce est à double sens. Si les étrangers ne peuvent pas vendre leurs produits aux Etats-Unis, alors ils ne peuvent pas obtenir les dollars dont ils ont besoin pour acheter les produits américains. Autrement dit, le gouvernement ne peut pas stopper les importations sans couper simultanément les exportations. Cette loi, qui avait pour but de « protéger » les producteurs nationaux, a finalement étranglé les entreprises exportatrices qui ne trouvent plus de débouchés pour leurs produits. Elles sont dans l’obligation de licencier une bonne partie de leur effectif.

Le secteur de l’agriculture américaine est particulièrement touché. Les agriculteurs perdent près d’un tiers de leurs marchés. Les prix agricoles chutent et des dizaines de milliers d’agriculteurs font faillite. Avec l’effondrement de l’agriculture, et les défauts de paiement en chaîne 9000 banques ferment leurs portes aux États-Unis entre 1930 et 1933.

Moins d’un mois après le krach boursier, Hoover convoque les chefs d’entreprise pour les pousser à maintenir les salaires et les dividendes à un niveau élevé. La loi Smoot-Hawley est censée assurer une protection contre les importations à faible coût pour les entreprises et leur permettre de conserver les taux de salaire. Or, les prix ​​à la consommation plongent de près de 25% entre 1929 et 1933 alors que les salaires nominaux diminuent, en moyenne, de seulement 15%. Les salaires réels augmentent donc fortement, venant accroître le coût de production des entreprises américaines. En conséquence, le chômage commence à monter et la production chute. A titre d’illustration, le secteur de la fabrication de biens de consommation durables voit sa production diminuée de 50% entre la fin de 1929 et la fin de 1931. Ceci se traduit par des fermetures d’entreprises d’autant plus importantes.

En parallèle, Hoover a considérablement augmenté les dépenses publiques par la distribution de subventions et les actions de secours aux entreprises. Entre 1929 et 1931, le budget devient déficitaire après plusieurs années de surplus. Hoover décide, donc, d’augmenter les impôts pour équilibrer le budget. Le taux marginal supérieur de l’impôt sur le revenu passe de 25 à 63%. A titre de comparaison, sans prendre en compte la tranche de revenu supérieure à 1 million d’euros et son taux d’imposition à 75%, le gouvernement Hollande a augmenté le taux marginal supérieur de 41 à 45%.

De plus, l’impôt sur les sociétés augmente de 12 à 13,75% et la taxe foncière est doublée. Conséquence majeure, en réduisant le revenu disponible des ménages, cette hausse d’impôt a conduit à une réduction des dépenses des ménages et une nouvelle contraction de l’activité économique.

En outre, la chute des cours boursiers et la déflation générale qui en découle a conduit à une forte augmentation de la demande de monnaie. Les investisseurs commencent à vendre de l’or pour acheter du dollar en septembre 1931. La FED, la banque centrale américaine, décide donc d’augmenter, de nouveau, ses taux d’intérêt pour préserver la valeur du dollar. Ceci a pour effet de restreindre les crédits alloués par les banques aux entreprises. En conséquence, de 1929 à 1933, la masse monétaire diminue d’environ un tiers. Les faillites d’entreprises augmentent et un tiers des banques disparaissent.

Preuve de l’inefficacité de ces mesures, entre l’été 1929 et le premier trimestre de 1933, le PNB réel, des Etats-Unis a diminué de 30,5%, le chômage a atteint 25%, et les prix à la consommation ont fléchi de 24,4%.

Mitt Romney va-t-il suivre les traces de son prédécesseur ? Quoi qu’il en soit, si l’on considère la crise de 2008 comme le pendant de la crise de 1929, le couple Obama-Bernanke n’a pas démérité.

Mathieu Hamel