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Retour sur l'Argentine pour éclairer le dilemme grec
par Mathieu Hamel 02/02/2015 Le temps d'un café

En 1989, l’Argentine accroche le peso au dollar. Souffrant de l’inflation depuis de nombreuses années, le pays stabilise enfin le niveau des prix grâce à cette mesure. L’économie du pays pâtit pourtant alors de la concurrence des produits étrangers, bien moins chers qu’avant la réévaluation du peso. Le pays s’endette et le chômage augmente. L’aide du FMI ne suffit pas à contenir la fuite des capitaux. Le manque de liquidité devient irréversible, l’Argentine ne parvient pas honorer sa dette. L’Argentine fait défaut en 2001. Le peso est dévalué, les Argentins perdent leurs économies et s’appauvrissent dramatiquement.

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Étudier l'histoire de la dette argentine pour comprendre la crise de la dette grecque

En 1989, une série de réformes visant à stabiliser l'économie de l'Argentine est adoptée par le nouveau gouvernement. Celui-ci avait fait campagne contre l’appauvrissement des travailleurs dont le pouvoir d’achat ne cessait de diminuer sous l’effet d’une hausse des prix. Le peso est alors arrimé au dollar américain à un taux de un dollar pour un peso.

Des effets positifs à court terme

Les effets immédiats sont plutôt positifs. L'inflation se stabilise, le niveau de vie moyen des Argentins augmente car les importations deviennent moins couteuses du fait de l'appréciation du peso.

Pourtant de nombreuses entreprises, perdant leur compétitivité à l’export, ferment leurs portes. Elles ne parviennent plus à rivaliser et le taux de chômage augmente. Dans le même temps, les dépenses de l’État s’envolent entre 1991 et 1994, venant gonfler la dette du pays.

Dégradation de la compétitivité

Comment expliquer cette dégradation ? A partir de 1990, l'économie stagne avec la faible croissance des exportations. En 1999, le PIB chute même de 4%. Les investisseurs perdent confiance dans l'économie argentine et demandent le paiement d'intérêts plus importants en échange de leur prêt. Les taux varient autour de 10% de 1991 à 1999, soit bien au-delà du seuil symbolique des 7% - seuil au-delà duquel un pays est jugé insolvable. En guise d'illustration, sans l'aide européenne, le Portugal aurait dû emprunter au taux de 13% fin 2011 et la Grèce, actuellement, au taux de 20%. Ceci vient peser d’autant sur la dette du pays qui atteint 127% du PIB en 2004. A titre de comparaison, la dette grecque représentait 125 % du PIB en 20

Prêts d'urgence auprès du FMI

Manquant de fonds pour payer les intérêts de la dette, l'Argentine se tourne vers le Fonds monétaire international (FMI) pour obtenir un prêt d'urgence. En échange de celui-ci, l'Argentine doit adopter certaines recommandations du FMI et notamment le maintien de la convertibilité du peso avec le dollar. Cette obligation est d’autant plus difficile à tenir que de nombreux Argentins commencent à perdre confiance dans le peso argentin et convertissent leurs pesos en dollars. La Banque centrale injecte une part significative des prêts en dollar accordés par le FMI pour maintenir la convertibilité. Ces fonds ne seront donc pas disponibles pour moderniser l'économie.

Cette exigence du FMI s'apparente au maintien de la Grèce dans la zone euro.

Le retour dramatique à la réalité

En Novembre 2001, pour tenter de limiter les conversions en devises étrangères, le ministre des Finances encadre les retraits bancaires à 250 - 300 pesos par semaine (connu sous le nom corralito). Une semaine plus tard, il annonce que toutes les pensions privées serait converties en billets de trésorerie argentins. En d’autres mots, les retraites sont payées avec des titres financiers n’ayant plus aucune valeur. Cela rappelle les assignats de la révolution française. Ces mesures provoquent la chute du gouvernement dans le tumulte social.

En Décembre 2001, l’Argentine fait défaut. Saà, le nouveau président élu, est contraint de démissionner après sept jours de mandat. En Janvier 2002, le gouvernement décide alors d'abandonner la loi de convertibilité et de fixer le taux de change officiel à 1,4 peso pour un dollar. Le gouvernement convertit également de force en pesos tous les comptes en dollars. Quelques mois plus tard, le taux de change est dévalué de 1 à 4. Les épargnants voient littéralement leurs avoirs divisés par quatre en moins d'un an.

Les effets sont dévastateurs pour les citoyens et les entreprises. En raison du « corralito » et de la dévaluation du peso, les déposants ont perdu les économies d'une vie. Entre 2001 et 2002, le revenu par habitant chute de 7200 dollars à 2700 dollars. Les Argentins ont donc perdu près de la moitié de leur revenu en un an. Cela reviendrait aujourd'hui à voir le revenu moyen par français travaillant dans le privé, actuellement à 2082 euro par mois, à 1041 euro par mois, soit moins que le SMIC. Il faut se rappeler que l'Argentine était un pays industriel développé. Le pays attirait naguère, grâce à son tissu industriel, bon nombre d’italiens et d’espagnols fuyant la pauvreté en Europe. La crise de 2001 a entrainé le doublement du nombre de pauvres entre 1999 et 2002. Les pauvres - ayant moins de 200 euro par mois d'après la définition de l'INDEC (l'INSEE argentin) - représentent 50% de la population dont un tiers d'indigents - c'est à dire ayant moins de un dollar par jour.

L'Argentine fut un temps pays prospère

Un pays comme l’Argentine, connu pour avoir été la Suisse de l’Amérique Latine durant les années 80, a vu son niveau de vie s’effondrer suite à la crise de la dette et à l'absence de réforme sur sa compétitivité.

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Mathieu Hamel