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Pourquoi le dernier acte de la FED n’est pas de la démence !
par Mathieu Hamel 13/12/2012 Marchés & Techno

La FED, la banque centrale américaine, annonce, pour la première fois de l’histoire des banques centrales, un objectif de taux de chômage. Tant que celui-ci ne sera pas inférieur à 6.5%, elle créera de la monnaie. Cette attitude est très vertement décriée car elle fait peser, sur l’économie mondiale, un risque sans précédent d’hyperinflation. Pourtant, il se peut que ce quatrième "Quantitative Easing" de la FED soit bel et bien un calcul s’apparentant à un rapport de force avec les investisseurs institutionnels dont le but serait le redémarrage de l’économie par la titrisation.

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La Fed tente de restaurer la confiance sur les marchés financiers par sa politique monétaire

De tout temps, jamais bombe à retardement n’aura été si publiquement commentée. C’est aujourd’hui la seule discussion qui préoccupe les marchés financiers. En effet, l’annonce d’un quatrième Quantitative Easing (QE) par la FED, la Banque Centrale américaine, n’est rien de moins qu’une bombe hyperinflationiste. Après avoir créé 1000 milliards de dollars de nouvelle monnaie et stimulé le PIB de 330 milliards de dollars, le dernier QE semblait ne plus avoir d’effet stimulant sur l’économie. En effet, les trois premiers ont créé 670 milliards de monnaie qui n’ont pas su se transformer en richesse réelle. Les craintes d’inflation se sont d’ailleurs traduites par des achats d’or en grande quantité.

La situation actuelle est paradoxale. Les économies occidentales souffrent d’une crise de désendettement, c’est-à-dire d’un risque de disparition progressive de la monnaie aux effets dévastateurs pour l’activité économique et donc pour l’emploi. Cela se traduit par de la déflation, c’est-à-dire une baisse des prix. Et pourtant les réponses apportées à cette crise réunissent tous les éléments pour entraîner de l’hyperinflation. Les risques pris par la FED semblent inconsidérés et son attitude est fortement décriée aux États-Unis.

Pour comprendre le risque d’hyperinflation, il faut avoir en tête la différence entre la monnaie banque centrale (ou M1) et la masse monétaire" totale (M3). Tant que M3 n’augmente pas plus que la production d’un pays, il n’y pas d’augmentation du niveau général des prix. C’est-à-dire qu’il n’y a pas d’inflation.

Masse Monétaire

La banque centrale détermine le volume de monnaie M1 et les banques commerciales déterminent M3 par les crédits qu’elles distribuent. Plus les banques distribuent des crédits et plus M3 augmente. Pour illustrer, avant la crise, avec une unité de M1 obtenue de la FED, dix unités de M3 étaient créées par les banques sous forme de crédits.

Une crise de déflation se caractérise par une diminution de M3. Elle peut provenir d’une baisse de M1, décidée par la banque centrale, ou alors de la diminution de l’émission de crédits par les banques.

Actuellement, M3 n’augmente pas alors que M1 explose littéralement. La FED a, par exemple, créé autant de nouvelle monnaie (M1) depuis 2009 que l’ensemble de la dette publique française. La décision de l’augmentation de M1 par la FED s’explique par la volonté de compenser la baisse des crédits distribués par les banques. Celles-ci ne prêtent plus autant aux ménages et aux entreprises qu’avant la crise. Pour une unité de M1 de la FED, seulement six unités de M3 sont dorénavant créées par les banques.

Alors que M1 passe de 1400 milliards à l’approche de 2009 à 2400 milliards aujourd’hui, M3 est restée inchangée à 15 000 milliards de dollar. Les banques prêtent deux fois moins aux ménages et aux entreprises par rapport à 2008.

En d’autres termes, si l’économie se remettait à fonctionner comme avant, l’inflation devrait augmenter de quasiment 70% sous l’explosion de M1. Un menu à 12 dollars au « Steakhouse » devrait passer à 20 dollar ! L’hypothèse sous-jacente étant que les banques distribuent autant de crédits qu’avant la crise. Cependant, les nouvelles normes réglementaires rendent cela impossible, Bâle 3 en Europe par exemple. Les capitaux propres des banques doivent maintenant correspondre à 10%/12% des crédits distribués, là où avant la crise ils ne devaient s’établir qu’à 7%/8%. Pour être précis, les normes réglementaires diminuent de 33% la possibilité de distribuer des crédits. Par conséquent, l’inflation potentielle due à l’augmentation de M1 devrait être de près de 50% (prix du menu « Steakhouse » de 12 à 17,5 dollars).

Avec une telle augmentation des prix, les demandes d’augmentation de salaire suivront inévitablement. C’est le cycle de l’hyperinflation qui s’engage.

Mais alors pourquoi rempiler pour un quatrième « Quantitative Easing » ?

Tout d’abord M. Bernanke, qui a obtenu son doctorat d’économie en étudiant les conséquences de la crise de 29, connait parfaitement les dangers de la déflation. Ceux-ci sont bien plus importants que ceux de l’inflation, lorsque cette dernière est contrôlée (la déflation japonaise).

Enfin, l’hyperinflation ne réapparaitra que si les moteurs de l’économie se remettent en marche. Cela revient à dire, que si une Ferrari en panne redémarre, elle risque l’excès de vitesse. Certes ! Mais que se passe-t-il si elle reste en panne ? Rien.

La FED veut, par tous les moyens, relancer les moteurs économiques. Une fois les moteurs relancés, la FED affirme vouloir stériliser la monnaie nouvellement créée en revendant les bons du trésors qu’elle a acheté pendant les « Quantitative Easing » successifs. La FED pense pouvoir contrôler la création de M3, une fois l’économie repartie, en diminuant M1. C’est ce qui devrait lui permettre de contrôler l’inflation.

Mais comment la FED compte-t-elle relancer l’économie par le « Quantitative Easing » ? Pour comprendre, il ne faut plus raisonner en termes de masse monétaire mais en termes de taux d’intérêt. En déclarant hier que les « Quantitative Easing » ne s’arrêteraient pas tant que le taux de chômage n’était pas redescendu en-dessous des 6.5%, la FED déclare que les taux de rendement des bons du Trésor n’augmenteront pas au-dessus de 1% tant que l’économie ne sera pas repartie.

A qui ce message est-il destiné ? Aux investisseurs institutionnels. S’il reste un levier de pression sur l’économie, c’est sur les sociétés d’assurances et les caisses de retraites complémentaires appelées généralement les zinzins pour les « Z » investisseurs « Z » institutionnels. Ces acteurs de l’économie réceptionnent les versements des ménages, les primes d’assurance par exemple. Ils doivent investir ces sommes pour pouvoir reverser dans le futur des revenus complémentaires. En effet, les clients des sociétés d’assurance reçoivent bien plus que ce qu’ils ont eux-mêmes versé. Pour joindre les deux bouts, les « zinzins » doivent trouver un complément de rémunération sur les marchés financiers. Or avec des taux à 1%, comme ce qu’impose la FED, cela devient mission impossible. En effet, les zinzins sont friands des actifs sans risques comme les bons du Trésor américains et en possèdent beaucoup. Cependant, avec des taux à 1%, les bons deviennent moins intéressants.

Les investisseurs institutionnels n’ont alors d’autre choix que de réinvestir dans des actifs financiers dits « risqués ». C’est-à-dire les actions, mais aussi les obligations d’entreprise ou les produits de titrisation. Ce faisant, les investisseurs institutionnels offrent des débouchés aux banques qui peuvent titriser les crédits et, par conséquent, en redistribuer dans l’économie.

La FED est donc entrée dans un rapport de force avec les investisseurs institutionnels pour les forcer à rallumer les moteurs de l’économie. Une fois cela fait, il sera toujours temps de se préoccuper de l’inflation…


Mathieu Hamel