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Ils ont travaillé toute leur vie et finissent délinquants
par Mathieu Hamel 09/12/2013 Le temps d'un café

Une généralisation d’une fin de vie à la « Breaking Bad » ne nous paraît pas la meilleure solution au problème de financement des retraites. La série met en scène un professeur de Chimie de Lycée en lutte avec un cancer des poumons… et des frais de santé colossaux qui se transforme en dealeur de « Meth », une drogue synthétique particulièrement néfaste. Et pourtant la réalité dépasse parfois la fiction.

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Ils ont travaillé toute leur vie et ces retraités japonais finissent délinquants

Un vol à l’étalage sur quatre au Japon est perpétré par un retraité par cause de paupérisation. La vague de « voleurs à l’étalage aux cheveux blancs » ne s’arrête plus de prendre de l’importance. La délinquance des personnes âgées a doublé ces dix dernières années. Il y a maintenant plus de délits commis par des personnes de plus de 65 ans au Japon que de délinquants entre l’âge de 14 et 19 ans. Le gouvernement est démuni. Plus de 4 millions de japonais s’apprêtent à renforcer les rangs des retraités ces dix prochaines années et les défis sont énormes : financement des pensions de retraite, prise en charge de la dépendance et des frais médicaux liés au grand âge et maintenant la criminalité. Imaginez un peu le film un « prophète » d’ici dix ans. Un jeune délinquant de 67 ans débarquerait en prison et serait pris sous l’aile d’un vieux Yakuza de 32 ans qui lui apprendrait les ficelles du métier. Complètement fou comme scenario, et pourtant de plus en plus probable.

En plus d’avoir la pyramide des âges la plus déséquilibrée des pays à fort pouvoir d’achat, le Japon est aussi le pays le plus endetté. Le nouveau premier ministre Shinzo Abe n’a d’ailleurs plus d’autre choix que de diminuer drastiquement les pensions de retraite pour soulager le poids de la dette.

En effet, après quarante ans passés à financer les dépenses de leur gouvernement, les japonais veulent sortir leur épargne des frontières. Le mouvement est tel qu’il pousse le gouvernement à solliciter les prêteurs étrangers qui sont beaucoup plus regardant que les compagnies d’assurance et les fonds de retraite japonaises. Le gouvernement japonais se retrouve dans une situation invraisemblable, écartelé par les retraités aisés japonais ne supportant plus d’être pris en otage par les politiques publiques et les retraités pauvres, qui après une vie entière à travailler, rejoignent massivement, à 65 ans passé, les rangs de la délinquance.

D’un côté, la situation économique du pays plutôt atone, pousse vers le chômage une partie croissante de la population, même si pour des critères européens le chômage japonais reste très bas. Cette même déprime de l’activité limite les opportunités d’investissements intéressants. Or pour la majorité des pays dans le monde, la retraite est en partie fondée sur les investissements que chaque individu constitue tout au long de sa vie. C’est le cas au Japon. Les japonais comptent sur la rentabilité de leurs investissements pour augmenter leur niveau de vie. Par conséquent, les dirigeants politiques ont l’obligation de trouver des solutions. Le gouvernement est prêt à tout tenter. C’est pourquoi, un des programmes les plus audacieux de politique économique a été engagé en début 2013 appelé « Abenomics ». Cependant, la politique économique visant à stimuler l’économie entraîne une perte de valeur continuelle du Yen ce qui empêche les riches retraités de voyager à leur guise et d’importer les produits de luxe dont ils sont de grands consommateurs.

L’expérience japonaise montre, s’il y en était besoin, qu’il n’existe pas de solution miracle. Nous cherchons tous à nous donner les moyens de nous soigner, de nous assumer et de nous accomplir dans notre vie. Etre prévoyant à tous les niveaux, ce n’est pas refuser de profiter du moment présent, c’est assurer sa tranquillité, c’est un choix sage et plus malin.


Mathieu Hamel