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Est-il possible de voir la disparition des monnaies au profit du Bitcoin ?
par Mathieu Hamel 26/12/2017 Le temps d'un café

Les Echos rapportent les scénarios les plus sombres de l’agence Bloomberg. Il s’agit de scenario et non pas de prévision. Parmi les scénarios, il y en a un qui envisage la disparition des monnaies nationales. L'un de nos clients nous interroge légitimement sur ce que nous envisageons comme valeur refuge dans ce scénario.

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Est-il possible de voir la disparition des monnaies au profit du Bitcoin ?

Les Echos rapportent les scénarios les plus sombres de l’agence Bloomberg. Il s’agit de scenario et non pas de prévision. Parmi les scénario, il y a celui-ci.

« En 2018, les prêteurs régionaux américains annoncent qu'ils ont été piratés et que l'ensemble des épargnes a disparu. Malgré les réassurances des autorités du monde entier, le bitcoin devient une valeur refuge. En 2021, Alibaba crée sa propre monnaie virtuelle pour réaliser des achats sur sa plateforme. Le Venezuela, la Grèce et des pays africains adoptent le bitcoin, qui atteint les 100.000 dollars. En 2026, une écolière de 10 ans révèle un scandale de piratage mondial des banques. Une ruée s'ensuit, qui aboutit au crash des valeurs traditionnelles de Wall Street. Les banques centrales adoptent la technologie blockchain et émettent de l'argent directement auprès des citoyens. En 2028, de nombreux prêteurs commerciaux ferment. Le système financier mondial donne naissance à un patchwork de monnaies virtuelles et le système de paiement est dominé par Alipay et Amazon. Le bitcoin franchit la barre du million de dollars. »

Ce scénario est-il possible ?

Crypto monnaie ou plutôt crypto métal précieux voire crypto valeur refuge

Les crypto-currencies ou crypto-monnaies, appelons les cryptos par la suite, ne sont en fait aucunement des monnaie avec force libératoire. Il n’est pas possible de payer avec des Bitcoins ou de l’etherneum, la 2e cyrpto la plus populaire.

Plus que crypto-monnaie, il faudrait parler de crypto-métaux-précieux ou crypto-refuge de valeur. Le bitcoin remplit une fonction qui ressemble à celle de l’or. C’est une valeur refuge qui n’a pas le pouvoir libératoire. Il est donc sujet aux variations de valorisation qui, si elles sont trop importantes, interdisent le troc. La baisse la plus violente du Bitcoin est une baisse de 93% et la semaine dernière encore le bitcoin est passé en quelques jours de 19 000 dollars à 9 000 dollars, soit une baisse de 52%.

La valeur total du bitcoin s’établit entre 200 milliards de dollars et 300 milliards. Là où la valeur de l’or s’établit à 7 000 milliards. C’est le moteur principal des espoirs d’appréciation de la valeur du Bitcoin.

Manipulation et création potentiellement infinie d’offre

La différence principale avec l’or c’est qu’il est possible de créer autant de cryptos que d’être humains sachant programmer de la blockchain, la technologie derrière le bitcoin et les autres crypto.

Il existe déjà une dizaine de cryptos actives et des centaines sur le pont. De plus, de nombreux projets lèvent du capital via des ICO (Initial Coins Offering). En échange de votre capital, vos recevez des « tokens » qui sont l’équivalent de bitcoins et en échange desquels vous recevez les profits futurs. Ces tokens s’échangent sur des bourses de « tokens ». Ce sont à chaque fois de nouvelles offres de crypto.

C’est pourquoi, bien que le nombre de bitcoin soit limité à 21 millions, l’offre de cryptos est potentiellement infinie.

Un marché manipulé

De plus, on estime que 40% des bitcoins sont détenus par moins de 1000 personnes qui sont capables de communiquer entre elles. Cela rappelle la manipulation du prix des diamants par les entrepôts De Boers. La semaine dernière, alors que le bitcoin faisait une chute libre en quelques minutes de 13 000 à 9000 dollars, alors que CoinBase la bourse principale des Bitcoins se fermait aux échanges, un unique ordre d’achat massif a envoyé le Bitcoin au-dessus des 11 000 dollars.

Pour moi, c’est clairement le signe d’un marché manipulé. Cela rappelle celui des matières premières au 19e siècle aux USA où des « corners » étaient organisés par des « syndicats ». Toutes les autorités de contrôle ont fait des mises en garde. Toutes les institutions financières ont mis en garde contre les investissements en Bitcoin. Dans la même veine, vous pourrez trouver des achats/ventes de maisons à Londres en bitcoin ou quelques salaires au Japon payés en Bitcoin. Cela ne constitue pas une force libératoire du bitcoin. Ce n’est pas plus à nos yeux que de la communication pour entretenir le phénomène.

Blockchain et technologie de rupture

Le bitcoin repose à la base sur une aspiration révolutionnaire à se soustraire des registres de propriété traditionnels et à les rendre inaltérables. Cela repose sur le protocole blockchain et les « ledgers » distribués. La blockchain est une manière d’identifier et d’archiver la propriété comme le ferait un notaire. Les « ledgers » distribués seraient l’équivalent de registres stockés dans le « cloud » et défendus par l’ensemble de la communauté des utilisateurs bitcoins qui vérifie en permanence la véracité des transactions en mettant à disposition leur propres ordianteurs. Cela créé d’ailleurs un enjeu environnemental majeur car, le développement du bitcoin consommerait plus d’énergie que n’importe quelle industrie. Cela deviendrait la principale source de consommation d’énergie de la planète.

Les banques centrales garantes de la souveraineté et de l’adéquation de la valeur avec une nation

Nous ne pensons pas que les crypto ne prennent jamais le pas sur les monnaies nationales. En effet, une monnaie est un titre de créance sur une économie. C’est un des fondamentaux du contrat social d’une société. L’adéquation de la valeur entre un bien et service produit et la monnaie est protégée par les banques centrales.

La préservation de la valeur de la monnaie contre l’inflation par exemple, est équivalente en importance aux fonctions régaliennes de l’Etat (Police, Justice, Défense). Face à l’inflation, les risques de révoltes sociales sont très importants. Face à la déflation, le risque de guerre est omniprésent. Il suffit de se mettre à la place d’un industriel qui produirait un bien pour 100 euros. S’il a la certitude qu’à cause de la déflation il ne pourra pas vendre son bien plus de 98 euros alors il est certain de faire une perte. Dès lors, il ne commence même pas à produire. C’est pourquoi lorsque la déflation est trop forte, toute l’activité de production s’arrête, le chômage explose et les guerres éclatent.

Imaginons-nous des gouvernements offrir cette responsabilité à une communauté d’idéalistes voire d’utopistes anti-banque à la Proudhon, Fourier ou Owen. Le bitcoin est une nouvelle Phallange de Fourier, une nouvelle communauté du Larzac ou un nouveau kibboutz. La différence est qu’elle est basée sur une technologie de rupture dans un monde qui a perdu ses repères avec la crise de 2008 et les révolutions technologiques dans tous les domaines et qui est manipulé par des bandits en col blanc qui ont remplacé le secret bancaire suisse par le Bitcoin, des trafiquants de drogue qui préfèrent le bitcoins aux millions perdus mangé par les verres de terre comme Escobar qui cachait sa fortune en l’enterrant et les états en marge comme la Syrie, la Corée du Nord, le Venezuela ou les provinces en quasi sécession comme le Katanga ou les milices du Nord Kivu. Imaginons-nous vraiment Trump, Poutine ou Merkel lâcher la souveraineté de leur économie à ces groupes ?

Un ONU des crypto

Si le monde basculait vers des crypto alors elles seraient sous-tendues par des banques centrales comme dans le cas de l’Estonie, la Russie ou récemment Israël qui viennent d’émettre des cryptos nationale. Nous aurions donc l’équivalent d’un ONU des crypto, équivalent des réunions du G7 ou du G20 que nous avons connu lors de la coordination des banques centrales pendant la crise de 2008. La valeur des actifs serait donc préservée.


Mathieu Hamel