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Qui crée la monnaie ?
par Mathieu Hamel 8/09/2012 Marchés & Techno

La banque centrale crée la monnaie. Le président de la banque centrale européenne est peut-être la personne la plus puissante économiquement d’Europe. Il doit cependant agir dans le cadre du mandat de la banque centrale dont l’objectif principal est la stabilité du niveau des prix. C’est à dire la maîtrise de l’inflation. Contrairement aux USA, en Europe, la banque centrale est indépendante du pouvoir politique et ce, afin d’éviter que des considérations électoralistes ne poussent quiconque à créer de la monnaie inconsidérément. Le président de la banque centrale, conscient de l’importance sociale de la monnaie, peut décider, comme Mario Draghi président actuel de la banque centrale européenne la semaine dernière, de créer de la monnaie. Il le fait pour préserver la cohésion sociale, même si cela compromet la crédibilité de la monnaie à long terme.

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Processus de création monétaire par les banques centrales

La création monétaire est à l’économie ce que les Bosons de Higgs sont à la physique: un chaînon essentiel mais pourtant mal compris.

Un sujet complexe et polémique

Personne ne peut vraiment prouver quoique ce soit sur le sujet. Nous sommes en permanence à la frontière de la théorie, de la croyance et de la réalité. Les économistes présentent sur ce sujet des oppositions insurmontables. Ce sujet est aussi explosif que le statut de Jérusalem !

3 écoles pour une seule réalité: l’école autrichienne, l’école de Chicago et l’école de Cambridge. Hayek, Friedman et Keynes pour donner une dimension "people" au sujet. Libéraux, conservateurs et sociaux-démocrates pour donner une dimension politique.

Politique de taux et politique de création de monnaie banque centrale

Lorsque la Banque Centrale n’est pas contrainte dans son action, elle encadre de son propre chef le niveau de la masse monétaire ou de l’ inflation (par le truchement des taux d’ intérêt) de sa monnaie. La banque centrale définit le volume de monnaie banque centrale que les banques multiplient en de nombreux crédits par la mécanique de la création monétaire. Les banques déterminent le niveau des crédits qu’elles distribuent dans les différentes devises et recherchent ensuite auprès des banques centrales le financement nécessaire. Il est des situations dans lesquelles les banques centrales se retrouvent face au fait accompli. Dans certaines situations de crise (en 2008 par exemple), elles se voient dans l’obligation d’agir contre l’intérêt de la monnaie dont elles ont la responsabilité pour sortir d’une situation de crise créée par les autres acteurs de l’économie: états, entreprises et particuliers d’un câté et les banques de l’autre.

Le rôle des banques de la rue

Il existe un rapport de force entre banques centrales et banques lors de la création monétaire. L’existence de ce rapport de force s’explique par le râle social de la monnaie. L’intérêt de long terme de la préservation de la valeur d’une monnaie peut être en contradiction avec la nécessité de court terme de préserver la cohésion sociale (cas de l’Espagne et de l’Italie actuellement par exemple). Pour éviter la faillite d’un état, et les conséquences désatreuses comme la fin des soins dans les hopitaux ou l’arrêt du versement des pensions aux personnes agées, il est quelques fois nécessaire de faire tourner la planche à billets, souvent par le biais d’une émission obligataire nouvelle souscrite par la banque centrale. Sans cela, le jour même o˘ un état fait défaut (Argentine), voire même avant cela si les finances publiques semblent insolvables (Grèce), les financements se tarrissent. Plus personne n’accepte d’investir dans des obligations qui offrent un risque de perte quasi certain. L’Etat se retrouve incapable de payer les salaires des fonctionnaires, de payer ses fournisseurs, il s’effondre.

"Too big to fail"

C’est ce débat qui a aujourd’hui lieu entre les défenseurs de la cohésion sociale des pays du sud de l’Europe et les défenseurs de la crédibilité de l’euro, rempart contre la dévalorisation des retraites financées par la capitalisation, dans les pays du nord. C’est encore le cas lorsque la Banque Centrale se retrouve dans la position délicate de prêteur en dernier ressort. Que faire lorsqu’une institution financière en difficultés est sur le point d’entraîner dans sa chute le système tout entier? Bien que ce râle de prêteur en dernier ressort de la banque centrale soit l’objet de discussion interminable, celui-ci s’impose à elle lorsque la survie du système est menacée. Ce faisant, le comportement de la banque centrale créé un alea moral (l’incitation à faire n’importe quoi, prendre trop de risques, parce que l’on sait qu’on sera toujours sauvé). C’est pour cela que de nombreuses voix s’élèvent pour qu’aucune institution financière ne soit "too big to fail". C’est à dire de taille trop importante pour que la faillite de cette institution ne mette en péril l’ensemble du système (risque systémique) et impose l’intervention de la banque centrale.


Mathieu Hamel