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TRUMP est-il un "cygne noir" ?
par Mathieu Hamel 22/10/2016 Marchés & Techno

"En prévision des élections US, ne pensez-vous pas que l'on devrait alléger le portefeuille ? Maintenir des positions en liquidités et racheter les positions après les résultats ?" Vous êtes nombreux à vous poser cette question. Entre le risque de voir Hillary Clinton subir une procédure d'"impeachment" ou de Donald Trump remettre en question la démocratie US, comment faut-il appréhender cette période en terme d'allocation de portefeuille ?

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Trump peut-il remettre en question la santé économique aux USA ?

L'économie mondiale s'améliore et n'est plus en mauvaise santé

A quelques jours de l'élection américaine, avant de savoir l'impact que pourrait avoir le prochain président des USA, réalisons un état des lieux de la situation actuelle. L'économie mondiale s'améliore et n'est plus en mauvaise santé. On peut constater que les indicateurs penchent actuellement vers la droite. De plus, les actions sont toujours un peu sous valorisées. Vous pouvez le voir sur le deuxième axe, celui avec les drapeaux. En effet, à partir de 16 les actions sont indubitablement sur-valorisées et pour l'instant nous sommes toujours un peu en-dessous. C'est pourquoi avant les élections l'état des marchés selon nous est toujours en "expansion".

meteo

Pour bien prendre la dimension de la situation actuelle, il est pertinent de comparer avec la situation en mars 2016 qui représente un pic bas récent. La situation en mars était beaucoup plus incertaine, car elle présentait pratiquement autant de facteurs indiquant une amélioration qu'une détérioration, en penchant plutôt vers détérioration.

meteo historic

En se rendant dans MiniBloom, on peut voir que les pôles "fear/greed" (peur/cupidité) et "bull/bear" (hausse/baisse) sont ceux en rouge. Les autres pôles, plus fondamentaux restent en vert. La valeur numérique de "World Economic Health" (à droite) est positif à 0,27. Pour rappel, au dessus de 0, l'état de l'économie mondiale s'améliore selon nos indicateurs.

yin yang finance

Nous pouvons en cliquant dessus voir l'historique de la valeur numérique de la météo et nous voyons que la tendance est à l'amélioration.

gobal health of economy

La seule raison qui pourrait nous faire modifier notre allocation serait l'apparition d'un risque géopolitique dramatique qui aurait la capacité de remettre cette amélioration en question. Clairement, la question des élections américaines s'inscrit dans ce contexte.

Quelles sont les conséquences dans les pires scenarios possibles (Trump ou Clinton) ?

L'économie s'améliore, et pourtant,le VIX qui est l'indicateur de la peur à court terme sur le marché américain, explose. Pour être précis, il explose depuis la réouverture de l'enquête du FBI sur les emails envoyés par Hillary Clinton à partir de son serveur personnel alors qu'elle était secrétaire d'État aux affaires étrangères. Cette enquête laisse place à la possibilité d'une inculpation pour cause de corruption active ou bien d'espionnage passif par négligence.

vix

Cette explosion peut être interprétée comme le retour de la prise en compte du risque Trump ou alors par l'émergence d'un nouveau risque qui serait Hillary Clinton présidente qui subirait une procédure d'"impeachment".

Avant de continuer notre raisonnement rappelons que lorsque l'on gère l'argent des autres, on a tendance à envisager comment est-il possible de gagner beaucoup d'argent en anticipant les scenarios positifs et à prendre des positions en conséquence. Lorsque l'on gère son propre argent, on cherche plutôt à anticiper le pire scenario possible et à protéger ses actifs en conséquence. Cherchons à détailler les pires scenarios possibles en cas d'élection de Trump ou Clinton. En effet, les acteurs de marché qui interviennent sur le VIX pensent que l'avenir est plus incertain aujourd'hui qu'il y a 3 semaines. Cela vaut le coup de se poser la question.

Il y a 2 dimensions à un événement de type cygne noir: il faut qu'il soit peu probable et que les conséquences soient dramatiques. L'élection de Trump est clairement possible. L'"impeachment" d'Hillary est peu probable. En revanche, qu'Hillary ou que Donald soit élu et les conséquences dans le pire scenario possible, peuvent êtres néfastes.

En cas d'élection Trump, il existe 2 risques : le risque d'agitations sociales profondes qui pousserait à un autoritarisme de la première démocratie du monde et le risque de voir la gouvernance de la FED perturbée et donc de voir un flottement dans la politique monétaire. Il semble impossible que la démocratie américaine vire dans l'autoritarisme en cas d'élection de Trump. Pour cela, il faudrait qu'il soit soutenu par une majorité au congrès qui soutiendrait l'autoritarisme, ce qui n'est clairement pas le cas. De plus, il faudrait qu'un "Commander In Chief" autoritaire soit soutenu par l'état major de l'US Army. Encore une fois, ce n'est pas possible. C'est pourquoi, le risque Trump se résume à une réduction de l'efficacité de la gouvernance de la politique monétaire. En effet, après 2008, seule la force du couple Obama / Bernanke puis Obama / Yellen a permis la politique extraordinaire de "quantitative easing" qui a restauré une confiance suffisante entre les acteurs économiques et d'éviter un drame planétaire. C'est pourquoi, bien que le système financier américain ait été assaini ces dernières années, la gouvernance de la FED reste d'une importance cruciale. Nous ne pensons pas que la gouvernance de la FED, qui est le fruit de la confrontation de vue des 10 gouverneurs des banques centrales régionales, qui sont tous d'exceptionnels professionnels, puisse se détériorer substantiellement sans autoritarisme de Trump. Or nous venons de dire que nous ne pensions pas possible que Trump devienne autoritaire. Après une élection de Trump, ce serait d'après nous "Business almost as usual".

En cas d'élection de Clinton, le risque serait de voir ce que Rudy Giuliani, l'ancien maire de New York a promis : "une pluie de démarches pour destituer Hillary". Dans ce cas, les USA seraient fortement fragilisés. Nous ne savons pas si ce scenario est probable. En effet, il est quasiment impossible à ce stade de savoir qu'elle est la teneur de l'enquête. C'est d'ailleurs ce qui est dramatique avec l'action du directeur du FBI. Pour les acteurs de marché, l'attitude du directeur génère de l'incertitude pure. Il a jeté le doute sans donner les éléments du chef d'accusation. Cependant, nous pensons qu'il est probable que la réouverture de l'enquête soit sans substance suffisante. Dans le cas contraire, nous pensons que des éléments concrets auraient été donnés. C'est pourquoi, nous considérons le scenario de la réussite d'une procédure d'"impeachment" comme peu probable. Mais à supposer ce scenario, les conséquences néfastes en terme de gouvernance seraient cantonnées par l'investiture du Vice-Président. La constitution américaine a prévu la solution pour pallier cette situation sans dommage réel.

Nous pensons que la baisse récente est la prise en compte de la perte d'efficacité de la gouvernance de la première puissante économique mondiale dans le scenario Clinton présidente qui subirait une procédure d'"impeachment" au congrès bien plus que le risque de voir Trump président et remettre en question la démocratie américaine.

Après le "don't fight the FED" nous recommandons le "Don't fight the US constitution"

C'est pourquoi après le fameux "don't fight the fed" qui revient à dire que lorsque la FED affirme se préparer à une politique monétaire expansionniste (comme le QE), il ne faut pas vendre les actions, nous proposons de "don't fight the US constitution". Nous pensons que la constitution américaine est solide. Elle a fait ses preuves depuis 1787. Un risque Trump suffisamment important pour qu'il génère à lui seul une baisse de 10% du SP500 n'existe pas d'après nous. De même le risque Clinton générant une baisse équivalent n'existe pas non plus. C'est pourquoi, nous ne pensons pas qu'il soit raisonnable de prendre le risque de couper nos positions actions en attendant le résultat en cherchant à racheter plus bas quelques jours après.

En conclusion, il est extrêmement improbable de voir les actions baisser de plus de 5% après les élections quelque soit le résultat. De plus, il est possible, quelque soit le résultat du scrutin, de voir une hausse importante intervenir dès l'ouverture du marché le jour suivant l'élection.

Message réglementaire: "Attention, tout investissement comporte un risque de perte en capital. Les performances passées ne présagent pas des performances futures. Les supports en unités de compte et ETF ne sont pas garantis et sont soumis aux fluctuations des marchés financiers à la hausse comme à la baisse. L’entreprise d’assurance ne s’engage que sur le nombre d’unités de compte, mais pas sur leur valeur."


Mathieu Hamel